Le paysage judiciaire gabonais est secoué par une décision de haute portée. Le Procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Eddy Narcisse Minang, figure jusqu’alors en première ligne de la traque des réseaux de l’ancien régime, vient de faire l’objet d’une suspension à titre conservatoire par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Cette mesure spectaculaire fait suite à des soupçons d’interférences dans des dossiers financiers sensibles, notamment une affaire impliquant des opérateurs économiques chinois et, surtout, le récent scandale des surfacturations au ministère de l’Éducation nationale.
En attendant l’issue de la procédure disciplinaire, l’intérim est désormais assuré par la magistrate hors hiérarchie Thalie Aubone Nguema, épouse Edjo.L’affaire de la Direction centrale des affaires financières (DCAF) semble avoir servi de détonateur à cette éviction. Début juin 2026, l’interpellation d’une vingtaine d’agents de la DCAF pour un préjudice financier estimé entre 560 et 700 millions de francs CFA a mis en lumière une possible obstruction de la part du Procureur général. Selon des sources judiciaires concordantes, ce dernier aurait tenté de faire entrave à l’enquête, des liens de proximité géographique avec le directeur de la DCAF étant évoqués comme mobile potentiel de cette manœuvre. Ces faits s’ajoutent à un dossier financier distinct concernant des hommes d’affaires chinois, où des détournements de fonds publics à hauteur de 4 milliards de francs CFA sont soupçonnés.Le sort du magistrat devrait se jouer dans les prochaines semaines avec sa convocation devant le Conseil de discipline prévue le 22 juin, prélude à une possible saisine du Conseil supérieur de la Magistrature. Toutefois, cette procédure suscite déjà des remous au sein du palais de justice. Des voix s’élèvent, sous couvert d’anonymat, pour pointer une potentielle irrégularité procédurale, le ministre de la Justice étant accusé de ne pas avoir préalablement saisi le président du Conseil supérieur de la magistrature, à savoir le Chef de l’État, comme l’exigerait la règle.
Une faille juridique qui pourrait fragiliser la stratégie de l’autorité ministérielle.Ce séisme judiciaire intervient dans un climat particulièrement délétère. Alors que des rumeurs d’arrestation avaient déjà circulé à la mi-mai, avant d’être démenties, la confirmation officielle de cette suspension valide désormais l’ampleur de la crise. Par la stature de son protagoniste et les enjeux financiers colossaux qu’elle soulève, cette affaire projette une ombre durable sur le fonctionnement de la justice gabonaise. Il incombe désormais aux autorités compétentes de faire toute la lumière sur ce dossier, alors que la transparence et l’impartialité des institutions judiciaires sont plus que jamais au cœur des préoccupations nationales.


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