L’épouvante a saisi le quartier Cité-Damas dans la nuit de mardi à mercredi. Cherone Vanessa Mbouie, une entrepreneuse de 38 ans récemment rentrée au pays, a succombé à des blessures par arme à feu au sein du domicile conjugal. Le principal suspect n’est autre que son compagnon, Y.H. Ndong, un fonctionnaire du ministère des Transports d’une cinquantaine d’années. Ce nouveau drame passionnel, qui vient endeuiller une famille et choquer la capitale, remet brutalement sur le devant de la scène la question des violences domestiques et de la protection des femmes au sein du foyer.
Le scénario de cette nuit fatidique laisse apparaître des zones d’ombre que les enquêteurs s’emploient à éclaircir. Si c’est le suspect lui-même qui a transporté la victime vers une structure hospitalière, c’est l’alerte donnée par le personnel médical, constatant un décès par balle, qui a déclenché l’intervention des forces de l’ordre. Interpellé à son domicile peu après les faits, l’homme a livré une version aux allures de ligne de défense : il aurait tenté de se suicider, et la victime aurait été mortellement atteinte en s’interposant. Une explication qui peine à convaincre les proches de la défunte, pour qui l’issue fatale était l’aboutissement d’un climat de terreur.Derrière les murs de cette résidence occupée depuis à peine deux mois, se jouait semble-t-il un huis clos étouffant. Selon des témoignages concordants émanant de l’entourage de la victime, Cherone Vanessa Mbouie vivait sous le joug de violences répétées. Ses velléités de rupture se seraient heurtées à l’obstruction systématique de son compagnon. Ces révélations transforment l’« accident » plaidé par le suspect en un potentiel féminicide prémédité, ou du moins en l’escalade tragique d’un cycle de maltraitances que la présence de témoins — dont les enfants du suspect et son frère cadet — n’a pas suffi à enrayer.
Ce drame est d’autant plus poignant que Cherone Vanessa Mbouie incarnait l’espoir d’un renouveau. Après sept années d’entrepreneuriat au Maroc, elle était revenue au Gabon pour rebâtir sa vie et venait de s’insérer professionnellement dans une entreprise à Owendo. Son destin, brisé en plein élan, laisse aujourd’hui place à une instruction judiciaire très attendue. Les auditions menées par la Police Judiciaire (PJ) devront déterminer avec exactitude les circonstances du tir et la responsabilité de cet agent de l’État, fils d’un ancien diplomate, dans la mort d’une femme qui ne demandait qu’à vivre sa liberté.
Moore Mirabelle


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