La mémoire est un sanctuaire que les caméras étrangères ne peuvent profaner. Le vendredi 6 mars 2026, l’interview de Sylvia Bongo Ondimba sur les antennes de France 24 a agi comme un puissant révélateur du fossé abyssal qui sépare l’ancienne « régente » de la réalité gabonaise. En affirmant, avec une candeur qui confine à l’insulte, qu’elle « ne comprend rien à la politique », l’épouse de l’ancien président Ali Bongo a déclenché une vague d’indignation sans précédent.
Pour les Gabonais, ce ne sont pas des paroles, mais une tentative de réécriture d’une histoire dont ils portent encore les cicatrices.Comment feindre l’ignorance politique quand la mémoire collective se souvient des conseils ministériels officieux présidés à la place centrale ? Le peuple n’a pas oublié l’époque où, derrière la fonction honorifique de Première Dame, se dessinait une influence institutionnelle redoutable. C’est sous ce règne de l’ombre que des collaborateurs directs de sa fondation ont été propulsés aux plus hauts sommets de l’État, au moment même où la santé du Président Ali Bongo devenait un secret d’alcôve. Pendant que l’élite s’octroyait des privilèges démesurés, le quotidien des foyers gabonais s’enfonçait dans la précarité et le chômage endémique.Le réveil de la mémoire est brutal.
Derrière le discours de victimisation tenu depuis Londres, les visages des véritables victimes resurgissent : -Brice Laccruche Alihanga, dont le corps garde les séquelles indélébiles des tortures et de l’isolement. -Jean Rémi Yama, empêché de dire un dernier adieu à son épouse alors qu’il croupissait injustement en cellule. – Bertrand Zibi, symbole d’une répression féroce et d’une torture érigée en système de gouvernance. – Ces mères commerçantes humiliées sur les marchés, et ces milliers de citoyens poussés sur les routes de l’exil par peur des représailles de la « bande ».La frustration du peuple n’est pas un « malentendu », c’est le résultat d’un système qui a confondu pouvoir et impunité. Si l’ancienne Première Dame espère encore trouver une audience amnésique, elle se heurte à une nation qui a décidé d’écrire sa propre histoire, les yeux grands ouverts. On peut retoucher un visage, mais on ne peut pas effacer le passé d’un peuple. Pour de nombreux observateurs, le silence aurait été la seule posture digne face à tant de souffrances accumulées.


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