À l’approche de la rentrée administrative 2026-2027, le ministère de l’Éducation nationale et de l’instruction civique vient de livrer un exercice de style devenu une triste tradition récurrente. À travers une note officielle signée du secrétaire général Christian Louembet-Onguella, les têtes pensantes de l’administration exigent des directeurs, chefs de zones et chefs d’établissement qu’ils prennent toutes les dispositions nécessaires pour garantir l’entretien, le désherbage, la propreté et la vérification des bâtiments scolaires sur l’ensemble du territoire national.Le paradoxe le plus cruel de cette injonction administrative réside dans un fossé abyssal : l’exigence absolue d’une métamorphose des infrastructures scolaires couplée à une absence totale de ligne budgétaire claire et consistante allouée à cet effet.

«On demande à des chefs d’établissement, souvent livrés à eux-mêmes et croulant sous les arriérés de fonctionnement, de réaliser des miracles logistiques, du nettoyage des salles de classe à la réfection des toitures, sans que les moyens financiers indispensables ne soient préalablement débloqués et mis à leur disposition», a rétorqué un directeur d’école publique.«Cette injonction sans ressources transforme chaque année un impératif de service public en un parcours du combattant kafkaïen où les responsables d’écoles sont contraints de bricoler l’urgence. Comment exiger des opérations de réhabilitation d’envergure, de salubrité et de sécurisation des structures d’accueil quand les caisses des directions d’académie et des établissements restent désespérément vides ou font face à des décaissements chroniquement tardifs ?», s’est interrogé un autre enseignant syndicaliste.À force de confier la réfection des temples du savoir à la seule bonne volonté des administrateurs et à la débrouillardise des parents d’élèves, l’école gabonaise s’enfonce dans une précarité structurelle alarmante.

Les notes circulaires bien rédigées et parfumées de bons sentiments ne remplaceront jamais les investissements sonnants et trébuchants indispensables à la remise à niveau d’un système éducatif à bout de souffle.L’heure n’est donc plus aux simples rappels à l’ordre bureaucratique qui s’exonèrent des réalités financières du terrain. Si l’exécutif de la Ve République souhaite réellement redorer le blason de l’enseignement national et offrir des conditions d’accueil digne de ce nom aux apprenants, l’autorité de la signature ministérielle doit impérativement s’accompagner d’une transparence rigoureuse et d’un décaissement effectif des budgets alloués.


Commentaires