Alors que les métropoles africaines voisines, à l’image de Yaoundé, brandissent le couperet de l’amende administrative fixée à 25 000 FCFA pour tout dépôt sauvage, le Gabon s’enlise dans une coupable tiédeur réglementaire qui laisse pantois. Les rues de Libreville croulent sous des montagnes d’immondices nauséabondes pendant que les autorités locales continuent de feuilleter un arsenal juridique pourtant pléthorique mais désespérément muet. Entre les arrêtés municipaux de 2000 et de 2022 brandissant des sanctions de 500 à 50 000 FCFA assorties de travaux d’intérêt public, la capitale gabonaise ne manque pas de lois sur le papier, elle manque cruellement de la volonté politique nécessaire pour les faire respecter.
Ce grand écart chronique entre la norme et la réalité du terrain illustre la faillite d’un système où l’impunité le dispute à l’inertie administrative. Comment justifier l’existence d’une fiscalité dédiée, avec la Contribution pour l’amélioration du cadre de vie fixée à 7 % des factures d’électricité, quand les ordures continuent de coloniser les caniveaux et les grands axes au mépris de la santé publique ? Le contribuable gabonais paie deux fois : à la pompe de sa facture énergétique pour financer un ramassage défaillant, et par sa santé au quotidien, victime d’un environnement urbain livré à l’anarchie des inciviques.Le mal qui ronge la cité ne relève pas d’une carence législative, mais bien d’un effondrement systémique du contrôle et de la chaîne de répression sur le terrain. Les brigades chargées de pincer les pollueurs brillent par leur absence, les amendes ne sont quasi jamais recouvrées, et la peur du gendarme est devenue une arlésienne dans une administration municipale habituée aux effets d’annonce sans lendemain.
Cette incapacité chronique à sanctionner les contrevenants envoie un signal désastreux, transformant les espaces publics librevillois en zones franches pour la saleté et le sans-gêne.Le réveil des consciences ne viendra pas de nouveaux décrets poussiéreux, mais d’un électrochoc coercitif calqué sur l’exemple des capitales qui ont choisi la tolérance zéro. Tant que l’Hôtel de Ville et les forces de police fermeront les yeux sur le laxisme ambiant, Libreville restera prisonnière de ses propres déchets, incapable de transformer ses textes juridiques en bouclier sanitaire. L’heure de vérité a sonné pour le Gabon : assumer la rigueur de la loi ou continuer de patauger dans l’indifférence générale au milieu des ordures.


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