Médouneu garde les stigmates d’une promesse républicaine enlisée dans les hautes herbes, où le squelette en béton du futur Trésor public défie le temps depuis près d’une décennie et demie. Dans le département du Haut-Como, ce chantier fantôme incarne à lui seul la triste chronique des projets pharaoniques abandonnés aux oubliettes de l’administration centrale. Lancée en trombe sous les feux des projecteurs, cette infrastructure névralgique devait pourtant doter la bourgade frontalière d’un outil de souveraineté financière digne de ce nom, mettant fin au calvaire des fonctionnaires et des opérateurs économiques contraints de parcourir des centaines de kilomètres pour la moindre formalité de caisse.
Quinze ans après les premiers coups de pioche, le constat fait mal à l’orgueil national : le bâtiment se dresse comme une ruine prématurée, envahie par la végétation luxuriante et les ronces de l’oubli. Les murs fissurés par les intempéries et la toiture rongée témoignent du mépris persistant des pouvoirs publics successifs face aux besoins élémentaires des populations de l’intérieur du pays. Les habitants du Haut-Como, spectateurs impuissants de cette gabegie financière, continuent de payer le prix fort de cette incurie institutionnelle qui transforme chaque décaissement budgétaire initial en un gouffre sans fond pour le contribuable gabonais.Pendant que les dossiers s’empoussièrent dans les tiroirs dorés de Libreville, l’absence de services financiers locaux plombe durablement l’économie de tout un département, condamnant Médouneu à la marginalisation administrative. Les fonctionnaires en poste dans la localité vivent le calvaire de l’éloignement bancaire, tandis que les opérateurs locaux peinent à dynamiser un commerce local étouffé par l’enclavement pécuniaire. Un tel gâchis illustre avec acuité la faillite d’une chaîne de commandement étatique incapable de mener à terme des équipements structurants pourtant vitaux pour l’équité territoriale prônée au sommet de l’État.
La résurrection de ce chantier fantôme ne relève plus du simple luxe urbanistique, mais d’une urgence absolue de justice sociale pour des populations du Haut-Como qui refusent de rester les éternels oubliés de la République. Relancer les travaux de ce Trésor public en friche exigerait bien plus qu’un simple ravalement de façade : il s’agit de solder quinze ans de honte administrative et de redonner corps à l’autorité de l’État au cœur de la forêt gabonaise. À l’heure où les lignes bougent dans le pays, les Médounois attendent toujours que les promesses de réhabilitation sortent enfin des limbes bureaucratiques pour de bon.


Commentaires