Le secteur de l’eau à Libreville est sous tension. Le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a récemment martelé une position ferme : «la commercialisation de l’eau par des camions-citernes est une activité illicite». Face à cette prolifération incontrôlée, le membre du gouvernement a annoncé le dépôt imminent, en Conseil des ministres, d’un train de mesures visant à éradiquer cette pratique. Pour les autorités, il s’agit de reprendre la main sur une distribution dont l’opacité soulève de vives inquiétudes quant à la régulation du service public.Pourtant, cette déclaration ministérielle se heurte à une réalité quotidienne alarmante : le stress hydrique qui frappe la capitale gabonaise.
Pour des milliers de ménages, privés de raccordement fiable et dépourvus de moyens pour financer des forages privés, le camion-citerne est devenu l’ultime recours. Dans les quartiers les plus touchés, la cuve de 1 000 litres se négocie désormais entre 12 000 et 15 000 FCFA. Un coût exorbitant qui pèse lourdement sur les budgets familiaux, d’autant que le marché semble dominé par des opérateurs expatriés, alimentant un sentiment d’injustice sociale au sein des populations.Ce commerce, pourtant qualifié d’illégal par la tutelle, fait l’objet de soupçons persistants. De nombreux citoyens dénoncent un système organisé, une « économie parallèle » de l’eau qui, selon les allégations, bénéficierait de complicités au sein même de la Société d’Eau et d’Énergie du Gabon (SEEG). Pour ces Gabonais, il est difficile d’imaginer que ce réseau puisse prospérer sans l’aval, direct ou indirect, de certains cadres de l’entreprise publique. Ces accusations, si elles venaient à être étayées, révéleraient une faille majeure dans la gouvernance de la ressource hydraulique.
Dès lors, l’équation pour le Gouvernement est complexe. Si l’objectif d’assainissement est légitime au regard de la souveraineté et de la réglementation, la répression ne saurait suffire sans une réponse structurelle à la pénurie d’eau. La transition vers un modèle légal impose non seulement de mettre fin aux circuits informels, mais surtout de garantir aux usagers un accès équitable et abordable à l’eau potable. Le défi pour Philippe Tonangoye sera de prouver que la fin de l’illicite ne signifie pas le début d’une privation accrue pour les populations les plus vulnérables.


Commentaires