Le Palais Léon Mba est-il en proie à une crise de gouvernance profonde ? La sortie médiatique fracassante de Germain Ebolo, député du deuxième siège du département du Woleu (Canton Ellelem), vient de briser le vernis d’unité de l’institution parlementaire. Avec une franchise qui tranche avec les usages feutrés de la chambre basse, l’élu du Septentrion a dressé un réquisitoire sans concession contre le fonctionnement actuel de l’Assemblée nationale. Évoquant une « grande désillusion », l’honorable Ebolo dénonce un vide administratif sidérant et un manque criant d’outils de travail, allant jusqu’à confesser qu’il ne dispose toujours pas d’un exemplaire de la Constitution, pourtant boussole élémentaire de tout législateur.
Au-delà des carences matérielles, c’est le système de gestion de l’institution qui est cloué au pilori. L’élu dépeint une structure administrative amorphe, dépourvue de méthodes claires et plombée par un management qu’il qualifie d’« archaïque ». L’amertume du député est d’autant plus vive qu’il oppose ses idéaux de jeunesse à la réalité d’un Parlement qu’il perçoit désormais comme une coquille vide, où les collectes de curriculum vitae resteraient sans suite et où les groupes parlementaires peineraient à incarner l’esprit républicain. Ce cri du cœur révèle le malaise d’une nouvelle génération d’élus confrontés à l’inertie de pratiques politiques d’un autre âge.Mais le ton est monté d’un cran dans ce qui s’apparente désormais à une fronde ouverte. Dans une série de messages d’une rare virulence, Germain Ebolo a franchi le Rubicon en exigeant purement et simplement la démission du Président de l’Assemblée nationale et de son bureau. Fustigeant un comportement « élitiste et clanique » au détriment de l’intérêt général, le député du Woleu remet en cause la compétence et la légitimité d’un sommet de l’institution qu’il accuse de transformer la représentation nationale en un « club d’amis ». Pour lui, la proximité personnelle ou les liens d’amitié ne sauraient tenir lieu de compétence, surtout dans un contexte où chaque acteur connaît les zones d’ombre des processus électoraux passés.Cette déclaration de guerre politique, conclue par un « non négociable » retentissant, place l’institution devant ses propres contradictions.
Alors que le Gabon aspire à une refondation de ses piliers démocratiques, les accusations de l’honorable Ebolo jettent une lumière crue sur les résistances au changement au sein de l’appareil législatif. Entre le serment prêté devant ses concitoyens et le dégoût d’un système qu’il juge inopérant, le député du deuxième siège du Woleu a choisi la voie de la rupture. Reste à savoir si ce séisme parlementaire restera un acte isolé ou s’il deviendra le catalyseur d’un renouveau managérial tant réclamé par les partisans d’une Cinquième République exemplaire.


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