L’élection d’Eugène Mba à la tête de la commune de Libreville soulève, au-delà des enjeux politiques, une question cruciale pour le fonctionnement de nos collectivités locales : celle de l’autonomie financière des arrondissements. Dans les travées de l’Hôtel de Ville de Libreville, un chiffre cristallise toutes les attentions : les 70 millions de francs CFA imposés comme plafond budgétaire aux mairies d’arrondissement. Alors que le nouvel édile prend ses marques, la question de la révision de ce montant devient le premier test de sa volonté de rupture ou de continuité avec une gestion centralisatrice souvent décriée par les élus de proximité.
Pour les maires d’arrondissement, ce budget, jugé dérisoire face à l’immensité des défis de terrain — de l’insalubrité à l’éclairage public en passant par l’entretien des voiries secondaires — est perçu comme un carcan. Cette dotation forfaitaire, qui semble ignorer les spécificités démographiques et géographiques de chaque zone, limite considérablement la capacité d’action des élus locaux, les réduisant parfois à de simples gestionnaires de l’urgence. Le retour d’Eugène Mba, fort de son expertise financière et de son passé de maire d’arrondissement, laisse espérer un arbitrage plus réaliste, capable de redonner de l’oxygène aux mairies périphériques.L’enjeu est également celui de la déconcentration effective des pouvoirs. En maintenant un budget aussi restreint, la mairie centrale conserve une mainmise totale sur les investissements structurants, au risque de ralentir la cadence du développement urbain. Une révision à la hausse de ces enveloppes permettrait d’instaurer une saine émulation entre les arrondissements et de répondre plus promptement aux aspirations des populations. Cependant, cette flexibilité budgétaire suppose en contrepartie une rigueur de gestion exemplaire et des mécanismes de contrôle renforcés pour éviter les dérives du passé.Enfin, la réponse d’Eugène Mba à cette problématique sera un indicateur majeur de son alignement sur les ambitions de refondation portées par le sommet de l’État.
Transformer Libreville en une cité moderne et agréable nécessite des moyens à la hauteur des ambitions. En ouvrant le chantier de la réforme budgétaire communale, le nouveau maire pourrait non seulement pacifier ses relations avec les conseils d’arrondissement, mais surtout prouver que sa vision des « 3A » repose sur un socle financier solide et équitable. Le temps presse, et les contribuables librevillois attendent de voir si l’expérience bancaire de leur maire saura faire fructifier le destin de la capitale.


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