À Essassa, derrière le site « Berthe et Jean », l’enthousiasme né des promesses présidentielles de janvier 2026 laisse place à une amertume grandissante. Alors que le Chef de l’État, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, avait ordonné une vaste opération de sécurisation foncière pour les populations vulnérables, la mise en œuvre de cette directive par la Société Nationale Immobilière (SNI) suscite aujourd’hui un profond désarroi. Pour ces familles, dont certaines occupent ces terres depuis les années 1960, l’initiative qui devait consacrer leur droit à la propriété se transforme en un parcours du combattant, marqué par une déconnexion entre les annonces de justice sociale au sommet de l’État et leur application sur le terrain.

Le cœur du litige réside dans une interprétation jugée restrictive et injuste des critères d’occupation par la SNI. Les résidents dénoncent une politique qui ne reconnaîtrait que les habitations achevées, ignorant les fondations, les constructions en cours et les exploitations agricoles qui témoignent pourtant d’un ancrage territorial de plus de six décennies. À cette exclusion s’ajoutent des pratiques brutales : destructions de biens sans préavis et morcellement de parcelles ancestrales au profit de tiers. Ce climat de tension vient heurter de plein fouet le principe de « mise en valeur » reconnu par le droit foncier gabonais, faisant fi de l’antériorité d’occupation de ces citoyens qui ont bâti Essassa bien avant les projets immobiliers modernes.Ce dossier n’est pas une simple friction administrative, mais la résurgence d’un vieux conflit déjà arbitré sous l’ancienne mandature, où des instructions fermes avaient été données pour préserver les droits des occupants historiques. Aujourd’hui, les populations d’Essassa voient ces acquis voler en éclats dans un silence assourdissant de la part des autorités de tutelle. Elles invoquent désormais les principes fondamentaux de l’État de droit, rappelant que toute démolition devrait être encadrée par une décision de justice préalable. Pour ces foyers, ce n’est pas seulement un patrimoine matériel qui est menacé, mais un héritage social et culturel indispensable à leur équilibre.Face à ce qu’elles qualifient de dérive, les populations d’Essassa lancent un appel solennel à l’arbitrage du Chef de l’État.
Elles réclament la suspension immédiate de la commercialisation de leurs terres et l’ouverture d’un dialogue inclusif pour garantir une solution équitable. Au-delà du contentieux juridique, cette situation pose avec acuité la question de la crédibilité de la parole publique et de la dignité humaine. Alors que le pays s’est engagé dans une voie de restauration des institutions, le cas d’Essassa apparaît comme un test de cohérence majeur : la refondation nationale saura-t-elle protéger ses citoyens les plus anciens contre les appétits fonciers, ou laissera-t-elle l’injustice s’installer aux portes de la capitale ?


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