À Mouyamba, dans le département de la Louetsi-Wano, l’arrivée de la saison sèche n’est pas le signe d’un répit climatique, mais le glas d’une épreuve renouvelée. Alors que la poussière envahit les chemins, la véritable inquiétude se lit dans les yeux des habitants : la bataille pour l’eau est déclarée. Chaque année, le scénario se répète, condamnant les résidents à transformer leur quotidien en une expédition harassante vers une rivière lointaine, en passe de devenir une simple terre aride. Ces « Jeux olympiques ruraux » imposés par la nécessité ne sont plus une fatalité acceptable en 2026.Très tôt, la scène se fige dans une régularité tragique : bidons en équilibre et détermination masquant l’épuisement, la population reprend la longue marche vers le précieux liquide.
À Mouyamba, l’accès à l’eau est devenu un luxe dont la rareté rivalise avec l’absence de connectivité. Cette situation, qui perdure faute d’infrastructures adéquates, témoigne d’un décalage persistant entre le besoin vital des citoyens et la réalité de l’aménagement du territoire. Le courage et la solidarité des villageois, aussi admirables soient-ils, ne sauraient faire office de politique publique durable.Derrière cette résilience que l’on qualifie souvent, à tort, de vertu, se cache une problématique de fond : la fracture hydrique entre les zones urbaines et les profondeurs du Gabon rural. Le stress qui accompagne chaque lever de soleil à Mouyamba est le symptôme d’un État qui doit désormais porter son regard plus loin, vers les oubliés des réseaux de distribution. S’entraider pour survivre est une fierté locale, mais assurer l’accès à l’eau potable est une mission régalienne qui ne peut plus être ajournée au gré des saisons.
L’heure est venue de transformer ce « souvenir humide » de la rivière en une infrastructure pérenne. Les populations de la Louetsi-Wano ne demandent rien d’autre que ce qui constitue le socle de la dignité humaine : un accès fiable et constant à l’eau potable. L’exigence de solutions durables n’est plus une doléance, mais une interpellation directe. Pour Mouyamba, il est temps que la saison sèche ne soit plus synonyme de privation, mais simplement d’un climat qui change, sans que la vie des citoyens ne bascule dans l’incertitude.


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