C’est un colosse de verre et de béton qui trône désormais fièrement au quartier Warda, à Yaoundé. L’inauguration du nouveau siège de la Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot) ne marque pas seulement l’achèvement d’un chantier, mais bien le sacre d’une volonté politique et managériale. Sous l’impulsion de Samuel Eto’o Fils, l’instance faîtière du football camerounais s’est dotée, en moins de cinq ans, d’un écrin architectural digne des plus grandes nations du ballon rond. Ce joyau, qui centralise désormais l’administration d’un football pourtant complexe à gérer, sonne comme un camouflet pour les partisans de l’immobilisme et de la bureaucratie sans fin.
À quelques centaines de kilomètres de là, le contraste est saisissant, presque cruel. Au Gabon, le siège de la Fegafoot semble figé dans une époque révolue. Malgré une longévité record de douze années à la tête de l’institution, Pierre Alain Mounguengui peine à présenter un bilan infrastructurel qui soutient la comparaison. Là où Yaoundé érige des monuments à la gloire de son administration sportive, Libreville semble s’être installée dans un confort de transition permanent. Le siège actuel, souvent jugé indigne du standing des Panthères, devient le symbole d’une gestion qui, malgré le temps long, n’a pas su transformer l’essai de la modernisation.L’incompréhension grandit d’autant plus au sein de la famille du football gabonais lorsque l’on examine les engagements non tenus. La boutique officielle des Panthères, promise à grand renfort de communication par le président Mounguengui, demeure à ce jour une chimère. Ce déficit de réalisation matérielle mais aussi sportive, est d’autant plus flagrant que la Fegafoot, contrairement à son homologue camerounaise, ne porte pas le fardeau financier du championnat national.
Libérée de cette charge, l’instance gabonaise aurait dû, en toute logique, canaliser ses ressources vers la pérennisation de son patrimoine et le développement de son image de marque.Finalement, le duel à distance entre Eto’o et Mounguengui révèle deux visions de la gouvernance sportive en Afrique. D’un côté, une approche offensive où les résultats se mesurent à la hauteur des édifices et à la structuration du professionnalisme ; de l’autre, une gestion de maintien qui semble s’essouffler. Alors que le Cameroun entre de plain-pied dans la modernité infrastructurelle, le football gabonais, lui, se retrouve à la croisée des chemins, contraint de se demander pourquoi douze ans d’exercice n’ont pas suffi à poser les premières pierres d’une identité visuelle et administrative solide.


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