À Mbigou, chef-lieu de la Boumi-Louetsi, le contraste entre le potentiel de la région et la réalité vécue par les populations atteint un seuil critique de précarité. Depuis deux décennies, cette localité de la province de la Ngounié semble en marge de la dynamique nationale, pénalisée par un déficit structurel qui touche les fondements mêmes de la vie sociale. De l’absence totale d’éclairage public à l’inexistence d’un réseau d’adduction d’eau potable, la ville s’enfonce dans une forme de léthargie involontaire.
Ce sentiment d’abandon, nourri par des infrastructures devenues des vestiges, appelle aujourd’hui à une réponse étatique forte pour restaurer la dignité des habitants de Ledoume, Lepakou et des quartiers environnants.L’enclavement routier demeure le principal verrou au développement économique de cette zone. Le trajet Lebamba-Mbigou, véritable chemin de croix où soixante-dix kilomètres peuvent exiger plus de six heures de route, illustre l’isolement d’un bassin de production coupé de ses débouchés. En saison des pluies, cet isolement devient total, asphyxiant les échanges commerciaux et pénalisant lourdement les fonctionnaires comme les opérateurs économiques. La réhabilitation de cet axe n’est plus une simple question de confort, mais un impératif de souveraineté territoriale : sans route praticable, aucun service public ne peut être rendu de manière pérenne, qu’il s’agisse de l’éducation ou de l’administration.Le délabrement des structures sanitaires et scolaires constitue une menace directe pour l’avenir des jeunes générations de la Boumi-Louetsi. Voir des écoliers fréquenter des établissements aux toitures arrachées et des enseignants quitter leurs postes faute de conditions décentes est un signal d’alarme pour la cohésion nationale. Sur le front de la santé, le centre médical de Mbigou, dépourvu du strict nécessaire, place les malades dans une situation de vulnérabilité extrême, où chaque évacuation vers Mouila devient un pari risqué sur la vie. La reconstruction de ces piliers sociaux est la condition sine qua non pour freiner l’exode rural et redonner un horizon aux forces vives locales.
Enfin, la situation de Mbigou rappelle que la prospérité du Gabon ne peut se construire sur des îlots de développement isolés. L’accès à l’eau, à l’énergie et à la santé est un droit fondamental qui doit irriguer chaque département, aussi reculé soit-il. Les attentes des populations, loin de relever du luxe, se concentrent sur l’essentiel : une lumière qui sécurise la ville, une eau qui protège la santé et une école qui prépare demain. En investissant massivement dans la mise à niveau des infrastructures de Mbigou, l’État a l’opportunité de transformer ce sentiment d’abandon en une dynamique de renaissance, prouvant que chaque parcelle du territoire compte dans la construction d’un pays moderne et solidaire.
Yolande ABORE


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