La récente sortie médiatique signée par Ali Akbar Onanga Y’Obégué, agissant en qualité de mandataire et porte-parole d’Ali Bongo Ondimba, marque un tournant pour le moins singulier dans la stratégie de communication de la famille Bongo Valentin. En publiant un communiqué au nom de l’ancien Président, en réponse directe aux récentes déclarations du Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, celui qui se présente sans l’être, Secrétaire général du PDG, semble tenter une réinvention risquée des codes institutionnels : celle d’une communication émanant d’un leader en retrait, mais portée par une voix tierce qui s’approprie sa plume, son ton et son autorité.Cette pratique soulève une interrogation fondamentale sur la nature même de la parole politique.
Lorsqu’un mandataire s’exprime « en son nom et en ses propres termes », sans apparition physique ni preuve de vie directe du principal intéressé, la frontière entre le message authentique et la stratégie de communication opportuniste devient poreuse. Ali Akbar Onanga Y’Obégué, par ce procédé, ne cherche-t-il pas à maintenir une présence politique virtuelle pour un leader dont le silence physique est imposé par les circonstances de la Ve République ? C’est le pari de l’ombre contre la lumière, où le porte-parole devient, par la force des choses, l’unique interface d’une légitimité qui peine à s’incarner.Cette méthode pose un défi inédit à la communication institutionnelle gabonaise. En attaquant frontalement la vision présidentielle actuelle — notamment sur les thèmes de la séparation des pouvoirs, de l’état de santé de l’ancien président et de la légitimité de la transition — cette « communication sans Ali Bongo » cherche à provoquer une réaction, à maintenir une ligne de front idéologique là où le pays s’efforce de tourner la page. Toutefois, cette stratégie est à double tranchant : en se substituant au leader, le porte-parole risque de fragiliser davantage la perception de cette même légitimité qu’il tente de défendre. Car en politique, l’autorité ne se décrète pas par communiqué interposé ; elle se déploie dans la présence et l’incarnation.
Ali Akbar Onanga Y’Obégué tente-t-il de réinventer les codes ou assiste-t-on aux derniers soubresauts d’une communication d’appareil ? La réponse appartient à l’opinion publique gabonaise qui, loin de se laisser abuser par les procédés littéraires, observe avec circonspection ce dialogue de sourds entre le Palais du Bord de mer et les résidences surveillées. Si le but était de créer le trouble, l’exercice est réussi. Mais si l’objectif était de restaurer l’image d’une autorité bafouée, l’absence de parole directe d’Ali Bongo lui-même demeure le chaînon manquant d’une démonstration qui, faute d’incarnation, peine à convaincre au-delà des cercles militants.


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