Dans le département de l’Okano, le Lycée Moïse Nkoghe Mve est devenu, malgré lui, le symbole des rendez-vous manqués entre les annonces de Libreville et la réalité du terrain. Souvenons-nous du 26 mai 2024 : sous l’impulsion de l’Association Pensée Patriotique (ex-Ossimane), la pose de la première pierre de la barrière et de la réhabilitation des logements des enseignants était célébrée avec une ferveur quasi-religieuse.
Vingt-deux mois plus tard, le réveil est brutal. Les douze mois de chantier promis se sont évaporés dans les brumes du Woleu-Ntem, laissant place à une friche où pas une seule fouille n’a été entamée. Pour les populations locales, l’enthousiasme du premier jour a muté en un sentiment de trahison, illustrant ce mal gabonais persistant : la politique du spectacle qui peine à se transformer en politique de chantier.Sur place, ce matin du 16 mars 2026, le constat est implacable et l’amertume des parents d’élèves se dispute à l’indignation du corps enseignant. Comment expliquer qu’un projet érigé en vitrine du patriotisme et de la réponse aux doléances sociales soit resté au stade de la symbolique de marbre ?
Entre-temps, la sécurité des élèves demeure un enjeu quotidien et les conditions de vie des professeurs, censés être les piliers de la réforme éducative, ne cessent de se dégrader. Ce silence assourdissant autour de l’abandon du site de Mitzic fragilise la crédibilité des discours officiels, transformant ce qui devait être une preuve de dynamisme en un simple « effet d’annonce » digne des créateurs de contenu sur les réseaux sociaux.Au-delà du cas spécifique de Mitzic, c’est toute la question de la traçabilité des engagements citoyens et institutionnels qui est posée.
Si le pouvoir central multiplie les instructions pour une amélioration rapide des conditions de vie, l’exécution semble s’enrayer dès qu’elle quitte l’estrade des cérémonies officielles. L’administration de l’établissement, prise en étau entre la colère des familles et le respect de la hiérarchie, opte pour un mutisme prudent, craignant sans doute de froisser les promoteurs du projet. Pourtant, l’urgence est là : à force de promettre sans bâtir, Libreville prend le risque de voir la « pierre » de la discorde devenir le premier jalon d’une fronde sociale dans une province déjà historiquement exigeante.


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