Au cœur de la province de l’Ogooué-Ivindo, le système éducatif gabonais semble ne tenir qu’à un fil, ou plutôt à la bonne volonté de quelques dizaines de « bénévoles ». Dans la circonscription scolaire Ogooué-Ivindo Est, le constat est sans appel : sur les 91 enseignants qui tentent de maintenir les classes ouvertes, 56 sont des volontaires non rémunérés par l’État. Ces hommes et ces femmes, souvent originaires des localités où ils exercent, pallient les défaillances criantes d’une administration centrale qui peine à affecter des fonctionnaires dans les zones les plus reculées du pays.
Sans ces « fils du terroir », la majorité des 30 écoles rurales de la région auraient déjà mis la clé sous la porte, laissant des centaines d’enfants sans accès à l’instruction.À Ilahounene, la situation confine à l’absurde. Un seul enseignant titulaire, Boussaka Badi, porte sur ses épaules la responsabilité de plusieurs niveaux. Pour éviter l’effondrement pédagogique, il est contraint de fusionner les classes, jonglant entre les programmes de CM1 et de CM2 dans une même salle. Ce quotidien, marqué par le surmenage et le manque de moyens didactiques, illustre la fracture croissante entre les centres urbains et l’arrière-pays. Le « miracle » de la continuité scolaire repose ici exclusivement sur l’ingéniosité d’un personnel à bout de souffle, qui réclame désormais une régularisation de sa situation contractuelle pour sortir de la précarité.Face à cette urgence, les autorités locales tentent de colmater les brèches avec les moyens du bord.
Serge Armand Etsibe, chef de la circonscription scolaire, multiplie les initiatives pour redéployer les moniteurs auxiliaires et organiser des sessions de « micro-enseignement ». L’objectif est de préparer tant bien que mal les enseignants bénévoles aux épreuves pratiques et de renforcer leurs compétences sur le terrain. Si un retour progressif en classe est observé, l’équilibre demeure fragile. Pour Libreville, le défi est immense : transformer ces mesures palliatives en une véritable politique de recrutement pérenne, sous peine de voir l’école rurale devenir une simple coquille vide.


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