Alors que le ministère de l’Énergie et la direction de la SEEG agitent la menace d’une publication imminente de la liste des « fraudeurs » au réseau électrique, une autre colère, plus sourde mais tout aussi légitime, gronde dans les quartiers du Grand Libreville. Des milliers de Gabonais, ayant pourtant réglé rubis sur l’ongle les frais d’acquisition de leurs compteurs, attendent parfois depuis deux, trois, voire cinq ans une installation qui ne vient jamais. Pour ces usagers, qui disposent de contrats en bonne et due forme mais restent plongés dans l’obscurité, le discours officiel sur la lutte contre le vol d’énergie passe mal.
« La SEEG nous doit de l’argent et de la lumière, mais on nous traite presque de criminels quand on cherche des solutions de survie », s’indigne un client en attente depuis 2021.L’asymétrie de traitement entre l’opérateur et l’abonné devient un sujet politique brûlant. Si la SEEG se plaint de la « poussée d’Archimède » ou des branchements illicites pour justifier ses pertes, elle reste étrangement muette sur la destination des fonds encaissés pour des équipements jamais livrés. La question se pose désormais avec acuité : le Chef de l’État a-t-il été informé de cette dette colossale de la compagnie envers la population ? Pour de nombreux observateurs, l’incapacité de la société à honorer ses propres contrats est le premier moteur de la fraude. En privant de service des citoyens qui ont consenti un effort financier important, l’opérateur historique crée lui-même les conditions de l’anarchie électrique qu’il prétend aujourd’hui combattre.Face à cette impasse, un défi est lancé aux autorités : à quand la publication de la liste des abonnés floués par la SEEG ?
La transparence ne peut être à sens unique. Si le ministre de l’Énergie souhaite assainir le secteur en exposant ceux qui « volent » l’électricité, la justice sociale exigerait, en miroir, que la lumière soit faite sur ceux que la SEEG a « prélevés » sans contrepartie. Comparer ces deux listes permettrait sans doute de comprendre qu’entre le branchement sauvage et l’attente interminable d’un compteur payé, il n’y a souvent qu’un pas franchi par nécessité. La survie de la crédibilité de la SEEG repose désormais sur sa capacité à solder ce passif avant de vouloir jouer les redresseurs de torts.


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