Dans les couloirs du ministère de l’Éducation nationale à Libreville, une guerre sourde de textes réglementaires fragilise l’avenir des jeunes apprenants. Au cœur du litige : le passage vers le cycle secondaire, où la Direction générale des examens et concours (DGEC) et le Secrétariat d’orientation scolaire, universitaire et professionnelle (Sosup) semblent s’affronter à coups de décret et d’arrêté contradictoires. Alors que le Sosup revendique la primauté d’un décret pour l’établissement des fiches de vœux, la DGEC s’appuirait sur un arrêté ministériel pour dicter sa propre marche à suivre.

Cette hiérarchie des normes bousculée — un arrêté ne pouvant juridiquement primer sur un décret — installe une insécurité administrative qui laisse les parents d’élèves dans un désarroi profond.Au-delà de la bataille juridique, ce sont les critères mêmes de l’excellence qui interrogent. Tandis que la loi impose une évaluation basée sur la cinquième année de l’enseignement primaire, des pratiques persistantes intègreraient des résultats frauduleux pour des élèves pourtant inscrits en quatrième année dans le calcul des moyennes d’orientation. Ce glissement méthodologique s’accompagnerait d’une « fraude aux paliers » de plus en plus sophistiquée, mais également de reconnaissance juridique où des établissements non reconnus s’allient clandestinement avec des structures homologuées afin de faire concourir leurs élèves. Ces manœuvres de coulisses, souvent réalisées à l’insu des familles, débouchent sur un chaos géographique : des élèves se retrouvent orientés à des dizaines, voire des centaines de kilomètres de leur foyer, transformant la réussite au concours en un exil forcé et coûteux.Face à ce diagnostic alarmant, le silence de la tutelle interpelle autant qu’il inquiète.
Pourquoi le ministère de l’Éducation nationale laisse-t-il la DGEC court-circuiter le travail d’assainissement entamé par le Sosup ? Derrière cette inertie se cachent peut-être des intérêts corporatistes ou une difficulté réelle à briser les réseaux clientélistes qui prospèrent sur l’opacité du secteur. Alors que le Gabon cherche à moderniser son capital humain, cette désorganisation de la porte d’entrée au collège apparaît comme un contresens stratégique majeur. Pour les observateurs, sans un arbitrage ferme au sommet de l’État pour rétablir la légalité républicaine, le système éducatif gabonais risque de continuer à sacrifier ses « petits génies » sur l’autel de la confusion administrative.


Commentaires