Le ciel s’assombrit de nouveau au-dessus de l’Ogooué-Maritime. Alors que l’on croyait tenir le dénouement d’une crise sociale qui n’a que trop duré, le premier producteur de pétrole du pays vient de jeter un froid polaire sur les négociations. Vendredi 10 avril, un rapport de la Commission tripartite, fruit d’un compromis laborieux entre l’État gabonais, les syndicats et la majorité des opérateurs, a été officiellement remis au Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault. Mais ce document, censé pacifier le secteur, souffre d’une absence de taille : la signature du groupe Perenco.
En refusant de parapher cet accord, le géant pétrolier relance non seulement le bras de fer avec les partenaires sociaux, mais défie ouvertement la volonté de standardisation des normes de travail dans le secteur des hydrocarbures.Au cœur du litige, l’application du nouveau Code des hydrocarbures semble être la pierre d’achoppement. L’accord tripartite visait à harmoniser les conditions sociales, à renforcer la sécurité au travail et, surtout, à offrir un cadre protecteur aux employés de la sous-traitance. Pour l’Organisation Nationale des Employés du Pétrole (ONEP), ces points constituent des acquis non négociables pour la dignité des travailleurs gabonais. À l’inverse, pour Perenco — qui extrait quotidiennement près de 100 000 barils —, ces obligations sociales et sécuritaires sont perçues comme des contraintes financières et opérationnelles jugées excessives. Ce refus de s’aligner sur un socle commun expose une volonté de maintenir une gestion interne autonome, loin des contraintes collectives imposées à ses concurrents.Le dossier des sous-traitants reste, sans surprise, le point de friction le plus brûlant. Depuis des années, Perenco est dans le viseur des syndicats qui l’accusent de favoriser une précarité durable chez les travailleurs indirects. L’accord tripartite ambitionnait justement de briser ce modèle en imposant des règles plus strictes et plus protectrices pour cette main-d’œuvre souvent vulnérable. En boudant la signature du rapport remis au Vice-président, Perenco confirme son rejet d’un changement de paradigme social.
Pour les détracteurs du groupe, cette posture n’est rien d’autre qu’une stratégie visant à préserver des marges bénéficiaires au détriment des droits fondamentaux des travailleurs, ravivant ainsi des accusations de pratiques contraires à l’éthique.In fine, ce blocage pose une question de souveraineté et d’autorité de l’État. Le gouvernement gabonais peut-il tolérer qu’un opérateur, aussi puissant soit-il, s’affranchisse d’un cadre normatif accepté par ses pairs ? En tant que premier producteur national, le poids de Perenco est immense, mais son isolement actuel fragilise l’ensemble de l’édifice social du secteur pétrolier. Tant que ce géant restera en marge du compromis transmis à Hermann Immongault, la crise demeurera ouverte et l’accord paraîtra inachevé. Le conflit entre dans une phase d’usure où l’exécutif devra démontrer sa capacité à imposer une règle commune dans un secteur stratégique qui ne peut plus se permettre de vivre au rythme des humeurs d’un seul acteur.
Moore Mirabelle


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