Le 15 juin dernier, devant un Congrès parlementaire qui, pour une fois, n’était pas là pour faire de la figuration, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a administré une dose massive de « réalité » à la Nation. Pendant que certains attendaient encore des discours soporifiques remplis de langue de bois, le Chef de l’État, lui, a préféré jouer la carte du bulldozer : on rase, on reconstruit, on assainit. Résultat ? Une grande majorité de Gabonais s’est retrouvée devant son écran avec l’étrange sentiment d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui a le courage de toucher au câble, même si cela veut dire qu’il faut éteindre le courant quelques instants.
Du côté du peuple, c’est l’euphorie, ou presque. Sur les réseaux sociaux et dans les « causeries » de quartier, on a le sentiment que le Président vient de distribuer des lunettes correctrices à tout le monde. « Enfin, quelqu’un qui ne nous parle pas en énigmes ! », entend-on ici et là . La vision de la « refondation » passe comme une lettre à la poste, surtout pour ceux qui, fatigués de voir les mêmes visages et les mêmes promesses périmées depuis des décennies, voient dans ce discours le script d’un film dont ils ont enfin envie de connaître la fin. Oligui Nguema ne promet pas le paradis sur terre, il propose surtout de sortir de l’enfer des dossiers administratifs qui prenaient la poussière.Bien sûr, il reste toujours ces quelques éternels insatisfaits, ces « spécialistes de la critique professionnelle » qui auraient préféré que le Président utilise des formules plus diplomatiques pour parler de la SEEG ou du projet PIAEPAL.
Ces derniers, qui semblent préférer le confort d’un échec garanti à la sueur d’une reconstruction forcée, s’offusquent de la brutalité des annonces. Pour eux, le fait que le Président demande aux parlementaires d’aller expliquer aux populations pourquoi on doit détruire des habitations anarchiques est presque un affront. « Mais pourquoi tant de réalisme ? », semblent-ils pleurer, en s’accrochant à leur nostalgie des discours où tout allait bien, alors que rien ne marchait.Mais qu’importe la mauvaise foi des grincheux ! Le Gabonais moyen, lui, a surtout retenu que, pour une fois, on met les pieds dans le plat. Le pouvoir donné au Parlement d’interpeller les Ministres et même de recommander leur sortie par la petite porte, c’est le genre de sport national qui risque de devenir très populaire.
On imagine déjà les sessions parlementaires devenir plus suivies que la finale de la Coupe d’Afrique, juste pour voir quel Ministre sera le premier à devoir expliquer pourquoi son ministère ressemble à un champ de ruines.En somme, ce 15 juin restera gravé dans les annales comme le jour où la « Ve République» a cessé d’être un slogan pour devenir un chantier à ciel ouvert. Si quelques meubles ont été cassés dans la cuisine politique, la majorité semble surtout heureuse que l’on ait enfin commencé à cuisiner quelque chose qui a du goût. Quant aux nostalgiques du « statu quo », ils devront s’y faire : le Chef de l’État a décidé que le train de la refondation ne ferait pas d’arrêt pour ceux qui préfèrent regarder le paysage reculer par la fenêtre arrière.


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