Face à la tempête médiatique et aux vents contraires qui secouent ses structures, la direction générale de l’AGROPAG tente de reprendre le contrôle du narratif. Par la voix de son directeur général, Aubert Ndjila, l’entreprise publique a officialisé la tenue imminente d’une conférence de presse, brandissant la promesse d’une « annonce majeure » et de réponses claires face aux zones d’ombre. Un slogan sans équivoque, « Le moment de faire toute la lumière », vient sceller cette sortie de crise voulue comme un électrochoc, alors même que le quotidien national L’Union vient de jeter un pavé dans la mare en consacrant une enquête percutante sur les turbulences traversées par cette structure stratégique, à peine cinq mois après sa création sur les cendres de la SAEG.
L’investigation journalistique met en lumière une réalité alarmante, marquée par une accumulation de défis administratifs, financiers et opérationnels qui étouffent la jeune entité. Près d’une centaine d’agents, disséminés sur quatre sites d’exploitation, traversent une zone de grande turbulence avec deux mois d’arriérés de salaires et l’ombre menaçante d’une troisième paie bloquée. Cette asphyxie financière trouverait notamment sa source dans le retard persistant de la validation d’un budget pourtant transmis aux instances compétentes dès le mois de mars, traduisant des lenteurs bureaucratiques incompatibles avec les impératifs d’une relance agricole d’envergure.Le climat social au sein de l’entreprise s’en trouve lourdement détérioré, sur fond de gouvernance chancelante et d’un dialogue social rompu. L’annulation in extremis d’une présentation cruciale devant le Conseil d’administration, suite à l’indisposition affichée du directeur général, illustre à suffisance la fragilité du sommet hiérarchique. Sur le terrain, le bilan opérationnel n’est guère plus reluisant : des pertes massives de bétail importé, des centaines de têtes disparues, des incursions destructrices de pachydermes et l’annulation sèche d’une commande de volailles par manque cruel de chambres froides et de capacités de conservation adéquates mettent en lumière de criantes lacunes dans le suivi technique et logistique.À ces défaillances opérationnelles s’ajoute une opacité persistante autour de la gestion financière et des zones de flou juridique héritées du transfert inachevé des actifs de l’ancienne SAEG. La gestion des enveloppes budgétaires, et en particulier la controverse entourant l’allocation réelle des sept milliards de francs CFA dédiés au projet bovin, continue d’alimenter les suspicions au sein du personnel.
Face à ce grand déballage, les agents exigent désormais des actes forts : la publication transparente des comptes, la mise à disposition des procès-verbaux des derniers conseils d’administration et une clarification sans ambiguïté sur les orientations stratégiques d’une structure censée porter le flambeau de la souveraineté alimentaire.C’est donc dans ce climat hautement infligé que se profile cette prise de parole publique, d’autant plus scrutée qu’elle intervient au lendemain du retrait remarqué de Raymond Ndong Sima des instances de l’entreprise. Cette démission de poids avait déjà suscité de vives interrogations sur la trajectoire réelle de la société. Les jours à venir diront si cette conférence de presse se soldera par un simple exercice de communication de crise ou par des annonces concrètes capables de panser les plaies financières, de rassurer les salariés et de sauver les ambitions agricoles du Gabon.


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