Au cÅ“ur des enjeux de sécurité publique au Gabon, une pratique dénoncée de longue date continue de miner l’efficacité des forces de l’ordre : ce que les usagers et les agents eux-mêmes appellent communément « l’argent du carburant ». Ce système informel, mais bien ancré, transforme la mission de protection des citoyens en une quête quotidienne de revenus complémentaires, détournant ainsi la police nationale de ses véritables objectifs opérationnels.
Derrière cette appellation qui peut sembler anodine se cache une réalité préoccupante. Lorsqu’une patrouille est conditionnée par la recherche immédiate de fonds pour alimenter son véhicule, c’est toute la chaîne de commandement et de réactivité qui s’en trouve affectée. Au lieu de patrouiller activement pour prévenir la délinquance ou sécuriser les zones sensibles, les patrouilles se retrouvent focalisées sur des contrôles routiers opportunistes, dont la finalité première n’est plus la loi, mais la subsistance logistique de l’unité.Cette dérive entraîne des conséquences directes sur la qualité du service rendu à la population. Le sentiment d’insécurité grandit chez les citoyens qui perçoivent ces contrôles non comme un gage de protection, mais comme une source de tracasseries. De plus, ce système fragilise l’autorité de l’État : en tolérant de telles pratiques, la hiérarchie policière perd de sa crédibilité face à des agents qui, par nécessité ou par habitude, s’octroient une autonomie contraire à la déontologie du métier.Pour sortir de ce cercle vicieux, une réforme profonde de la gestion logistique des unités de police semble indispensable.
Il ne s’agit plus seulement d’une question de moyens, mais d’une question de volonté politique visant à garantir une dotation régulière et transparente en carburant, libérant ainsi les agents de la tentation — ou de l’obligation — de devoir financer eux-mêmes leurs missions par des moyens détournés. L’efficacité d’une police nationale dépend de sa capacité à agir sans entrave, loin des systèmes de corruption qui, s’ils semblent régler des problèmes immédiats de carburant, finissent par coûter très cher à la confiance que les Gabonais placent en leurs forces de sécurité.


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