L’histoire politique de notre capitale vient d’écrire l’une de ses pages les plus saisissantes. Eugène Mba, l’homme dont le destin municipal avait été brutalement fauché en mai 2021, fait un retour fracassant sur le devant de la scène. Ce banquier de carrière, dont l’intégrité avait été mise à rude épreuve sous l’ancien régime, renaît aujourd’hui tel un phoénix. Sa désignation à la tête de la commune de Libreville par le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, sonne comme une réparation historique et une réhabilitation de l’honneur d’un serviteur de l’État injustement bousculé par les vents contraires de l’ancienne « Young Team ».
On se souvient encore de ce mois de juin 2021, où, après seulement cinq mois d’exercice, Eugène Mba avait été contraint à une démission au goût de ciguë. Acculé par des pressions orchestrées dans l’ombre et menacé de connaître le sort de son prédécesseur, il avait choisi la voie du silence et de la dignité plutôt que celle du bras de fer perdu d’avance contre un système alors implacable. Son éviction, actée sous la bénédiction de l’ancien Premier Ministre fortement impliqué à l’époque, était restée pour beaucoup de Librevillois comme une cicatrice béante, symbole d’une gouvernance où le mérite était souvent sacrifié sur l’autel des intérêts partisans.Mais le temps est le second nom de la justice. Cinq ans plus tard, le vent a tourné et la Ve République offre à Eugène Mba le décor de sa rédemption. En le rappelant aux affaires, le Président de la République ne restaure pas seulement un homme dans ses fonctions, il restaure une vision de la gestion publique fondée sur l’expérience et la rigueur financière. Le spectacle de ses anciens détracteurs, aujourd’hui parmi les premiers à l’acclamer, souligne l’ironie d’une vie politique gabonaise où les bourreaux d’hier se muent parfois en thuriféraires d’aujourd’hui devant l’évidence de la compétence.
Ce retour aux commandes de l’Hôtel de Ville de Libreville est chargé d’une symbolique forte : celle de la résilience. Eugène Mba retrouve une mairie en plein chantier, avec le défi immense de répondre aux attentes de populations assoiffées de changement et de transparence. Fort de son passé et de cette dignité « ressuscitée », le nouvel édile semble plus que jamais armé pour transformer les turbulences d’hier en une force tranquille au service de la cité. Pour Libreville, c’est l’espoir d’une gestion apaisée, portée par un homme qui connaît désormais, mieux que quiconque, le prix de la loyauté envers les institutions.


Commentaires