Le 21 juin 2024 restera dans les annales comme le jour où le Gabon a décidé de jouer au Monopoly avec de vrais puits de pétrole. En rachetant Assala, le pouvoir a balayé les doutes des sceptiques d’un revers de képi, prouvant que la « réappropriation de l’économie » n’est pas qu’un slogan de meeting, mais une réalité sonnante et trébuchante. À l’époque, les critiques pleuvaient comme une averse équatoriale, mais aujourd’hui, on nous demande de faire fi des commentaires passés pour admirer le paysage : un secteur pétrolier censé restaurer la « dignité des Gabonais » à chaque coup de pompe.
Transformer localement les matières premières et réviser les accords poussiéreux, voilà le nouveau catéchisme de la Ve République. On promet que désormais, tout est possible, même l’alchimie consistant à transformer des barils de brut en fierté nationale instantanée. Si l’augmentation des quotas de production de l’État suffit à rendre leur dignité aux citoyens, alors Gamba et son champ de Ngongui sont en passe de devenir le nouveau centre spirituel du pays, là où l’on baptise les espoirs de développement dans une nappe de pétrole enfin « souverain ».Le passage au peigne fin des ralliements d’Assala, SMP ou Tullow Oil est présenté comme une marche triomphale entamée le 30 août 2023. C’est la « trajectoire en marche », un train à grande vitesse où les wagons de la souveraineté sont solidement accrochés à la locomotive de la Ve République. On nous explique avec une assurance désarmante que presque deux ans après, les objectifs sont atteints, faisant de chaque baril extrait une preuve tangible que le destin national ne se décide plus dans les salons parisiens, mais directement à la source, au cœur de la forêt et du sable.Reste toutefois cette curieuse notion de « dignité » qui semble désormais indexée sur le cours du Brent.
Dans cette Ve République où l’on rachete des multinationales comme on achète son pain, la véritable performance sera de s’assurer que les dividendes de cette dignité ne restent pas bloqués dans les tuyaux de l’administration. Car si tout est désormais « possible », le plus grand défi reste encore de prouver que ce pétrole racheté à prix d’or servira à autre chose qu’à graisser les rouages d’une machine qui, même souveraine, a toujours eu une fâcheuse tendance à consommer beaucoup de carburant.


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