Le suspense n’aura pas duré bien longtemps sur la route de Mouila. Sauf retournement de situation judiciaire ou politique de dernière minute, Pierre-Alain Mounguengui, dit « PAM », devrait être reconduit sans coup férir à la tête de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) le 18 avril prochain. La commission électorale a tranché : le président sortant sera l’unique candidat en lice, après l’invalidation systématique des dossiers concurrents pour « non-conformité », notamment sur la question épineuse des parrainages. Une issue qui, pour de nombreux observateurs, illustre une fois de plus le verrouillage méthodique d’une institution devenue, au fil des mandats, une forteresse imprenable.
Dans les couloirs des instances sportives de Libreville, l’amertume le dispute à l’indignation. Les détracteurs de PAM dénoncent des statuts taillés sur mesure, verrouillant l’accès au fauteuil présidentiel pour quiconque n’appartient pas au sérail fédéral. Plus grave encore, cette hégémonie semble bénéficier d’une bienveillance, voire d’une protection tacite, de la part de la CAF et de la FIFA. Malgré les dossiers de plus en plus lourds qui s’accumulent sur le bureau des instances internationales, Zurich et Le Caire semblent préférer la « stabilité » au risque d’une transition incertaine, laissant le football gabonais dans une sorte de statu quo institutionnel.Pourtant, l’orage pourrait venir non pas des urnes, mais du terrain judiciaire. Car au-delà des enjeux sportifs, c’est la gestion financière de la Fédération qui se retrouve sous le feu des projecteurs. L’utilisation des subventions étatiques et les liens étroits entretenus avec certains prestataires privilégiés, à l’instar de la société Omed, suscitent de sérieuses interrogations sur la transparence réelle des flux de trésorerie. La question de savoir où va réellement l’argent du contribuable gabonais n’est plus seulement une rumeur de vestiaire, mais un enjeu de reddition de comptes que l’État pourrait être amené à clarifier sous la pression de l’opinion publique.Le bras de fer entre la FEGAFOOT et les autorités de tutelle entre donc dans une phase critique. Si l’État décide de faire respecter les lois du pays en matière de transparence financière, l’élection de Mouila pourrait n’être qu’une victoire à la Pyrrhus pour PAM.
Entre le désir de souveraineté nationale sur la gestion des deniers publics et les règles strictes de non-ingérence édictées par la FIFA, la marge de manœuvre est étroite. Une chose est sûre : ce scrutin en solitaire ne suffira pas à ramener la sérénité dans une famille du football profondément divisée, où la quête d’alternance se heurte désormais au mur d’un système à l’épreuve des balles.


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