À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, les chiffres publiés par les autorités sanitaires gabonaises pour la période 2025-2026 font l’effet d’un électrochoc. Avec une incidence de 311 cas pour 100 000 habitants, le Gabon se classe désormais parmi les pays à « forte charge » au niveau mondial. Mais au-delà de la statistique globale, c’est le profil des victimes qui inquiète : la population active, et plus spécifiquement les jeunes de 24 à 34 ans, constitue le cœur de cible de cette bactérie que l’on croyait pourtant maîtrisée.
Le Docteur Stredice Manguiga Guitouka, Directeur du Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT), tire la sonnette d’alarme. Le mal n’est pas seulement biologique, il est aussi social. Les mauvaises conditions de vie, la promiscuité dans les zones urbaines denses et certains comportements à risque — comme le tabagisme, qui fragilise les macrophages pulmonaires — créent un terrain fertile pour le réveil de la bactérie. La tuberculose ne frappe plus de manière isolée ; elle s’immisce dans les failles de l’organisme, profitant des co-infections avec le VIH, le diabète ou même l’épuisement lié au stress.Le bilan de l’année 2025 est sans appel : 6 748 cas de tuberculose sensible recensés, dont 250 enfants. Plus préoccupant encore, l’apparition de 99 cas multi-résistants souligne le danger d’une mutation de la maladie face à laquelle les traitements classiques peinent à répondre. La co-infection Tuberculose-VIH, avec près de 1 000 cas, rappelle la nécessité d’une prise en charge intégrée des grandes pandémies nationales.Pourtant, une lueur d’espoir subsiste dans la rigueur du suivi médical. Le Gabon affiche un taux de succès thérapeutique de 93 %, une performance remarquable qui prouve l’efficacité du protocole de soins lorsque celui-ci est respecté. Le défi majeur reste celui des « perdus de vue » (19 cas) et de la mortalité (3 %), souvent liés à un diagnostic trop tardif.
À ce titre, le message du PNLT est limpide : le diagnostic et le traitement sont totalement gratuits sur l’ensemble du territoire.Dans le cadre de la « Restauration des Institutions », la santé du capital humain apparaît comme un pilier non négociable. Protéger la jeunesse de la tuberculose, c’est protéger la force vive de la nation. L’heure est au changement de comportement et à l’adoption de réflexes préventifs. Face à une maladie qui ne choisit pas ses victimes, la seule arme efficace reste la vigilance collective et le recours immédiat aux structures de soins dès les premiers symptômes.


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