Les fantômes de la présidentielle de 2016 hantent de nouveau les relations entre Paris et Libreville. Selon une enquête accablante de l’hebdomadaire Marianne, le ministère français des Affaires étrangères est accusé d’avoir délibérément entravé une enquête judiciaire portant sur les violences postélectorales au Gabon. Sur les 315 documents réclamés en 2020 par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), seuls 35 auraient été transmis aux magistrats.Ce tri sélectif, opéré sous le sceau de la « sensibilité », laisse dans l’ombre des preuves cruciales — photographies de scènes de crimes, témoignages sur l’assaut sanglant du QG de Jean Ping et rapports d’irrégularités — qui pourraient enfin faire la lumière sur l’un des épisodes les plus sombres de l’ère Ali Bongo.
Au-delà de la simple entrave bureaucratique, c’est l’ambiguïté de la position française qui est ici pointée du doigt. Les pièces manquantes contiendraient des éléments embarrassants sur la présence de ressortissants français au sein du dispositif sécuritaire de la présidence gabonaise au moment des faits. En invoquant des raisons d’État pour écarter près de 90 % du dossier, le Quai d’Orsay semble avoir privilégié la protection de ses agents et de ses intérêts diplomatiques au détriment de la vérité judiciaire. Cette opacité alimente le sentiment, persistant sur le continent, d’une « raison d’État » qui prévaut encore trop souvent sur la justice internationale lorsqu’il s’agit de ses anciens précarrés.Ces révélations tombent au moment où le paysage politique gabonais a radicalement changé depuis la chute de la dynastie Bongo en août 2023. Alors que Libreville cherche à solder les comptes du passé pour construire son avenir, l’inertie de la machine judiciaire française, freinée par son propre exécutif, interroge sur la volonté réelle de Paris de rompre avec les vieux démons de la Françafrique.
Si le régime a changé au bord de l’Estuaire, les archives françaises, elles, restent sous clé, maintenant une chape de plomb sur la mémoire des victimes de 2016. La pression monte désormais sur la justice française pour qu’elle exige la déclassification totale de ces documents, afin que la diplomatie ne soit plus un refuge pour l’impunité.


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