Le vernis de la gestion publique gabonaise vient de se fissurer un peu plus avec la publication des résultats accablants de l’audit de la Fonction publique. Présenté au grand jour par le Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, ce rapport lève le voile sur une hémorragie financière vertigineuse : pas moins de 1 756 agents fantômes émargent régulièrement au budget de l’État, siphonnant la bagatelle de 8,1 milliards de francs CFA chaque année. Derrière ce chiffre froid se cache la réalité d’un système gangrené par la fraude, où des fonds publics colossaux s’évaporent au profit d’invisibles bénéficiaires pendant que l’économie nationale suffoque.Avec 62 % de dossiers jugés irréguliers mis en lumière par les auditeurs, l’ampleur de la forfaiture dépasse le simple dysfonctionnement administratif pour épouser les contours d’une criminalité en col blanc organisée.
Comment tolérer que des milliers de salaires soient versés à des personnes fictives sans qu’aucun mécanisme de contrôle interne n’ait sonné l’alarme au préalable ? Cette porosité coupable des fichiers de solde met en évidence la complicité tacite ou active de réseaux mafieux tapis au cœur de l’appareil d’État, qui ont fait de la mangeoire publique une rente viagère au mépris de l’intérêt général.L’État joue aujourd’hui sa partition de l’assainissement budgétaire à marche forcée pour colmater ces brèches béantes qui ruinent la soutenabilité financière du pays. Mais au-delà de la volonté politique affichée de nettoyer les écuries d’Augias, la question de la reddition des comptes demeure la véritable pierre d’achoppement de cette opération mains propres. Couper les vivres à ces agents fictifs est un premier pas salutaire, mais traquer les instigateurs, les ordonnateurs et les parrains de ce système parasitaire s’impose comme une exigence absolue de justice.
La découverte de ce gouffre financier réveille la colère d’un peuple qui peine à joindre les deux bouts et supporte le poids d’une fiscalité étouffante. Chaque milliard détourné par ces prête-noms et ces fonctionnaires fantômes représente autant d’hôpitaux mal équipés, de routes dégradées et de jeunes diplômés réduits au chômage. L’exécutif gabonais tient là un test décisif de sa crédibilité : transformer ce coup de balai en véritable séisme judiciaire pour que l’impunité ne soit plus jamais la règle cardinale de la République.


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