L’Union Sportive de Bitam (USB), joyau du septentrion et pilier historique du football gabonais, traverse l’une des zones de turbulences les plus sombres de son histoire. Mais cette fois, le signal de détresse ne vient pas des tribunes, mais de l’un de ses plus illustres ambassadeurs. André Poko, le milieu de terrain international dont le nom reste indissociable des grandes heures du club, a décidé de briser le silence. Dans une sortie d’une rare virulence, il pointe du doigt une gestion dévastatrice, dénonçant des « égos » et un « égoïsme » qui menacent de transformer ce monument national en une simple « risée de la nation ».
Pour Poko, le constat est sans appel : l’institution qui incarnait autrefois le respect, la performance et la ferveur provinciale est en train d’être démantelée de l’intérieur. Son réquisitoire vise directement une direction qu’il juge déconnectée des intérêts supérieurs du club. En évoquant la transformation de l’USB en « club de quartier », le joueur exprime la douleur de toute une communauté qui voit son héritage s’effriter. Ce n’est plus seulement une crise de résultats sportifs, c’est une crise de valeurs où l’unité sacrée qui faisait la force des Marigovériens semble avoir volé en éclats.La charge émotionnelle du message d’André Poko souligne l’importance symbolique de l’USB au-delà du rectangle vert. Pour le Woleu-Ntem, ce club est une vitrine, un vecteur de fierté qui dépasse les frontières du Grand Nord. En accusant les dirigeants actuels de « salir la mémoire » de ceux qui ont bâti cette épopée, l’ancien sociétaire du club se fait le porte-parole d’une génération de joueurs et de supporters qui ne reconnaissent plus leur « maison ». Le manque de solidarité interne et l’incapacité à identifier le « véritable adversaire » dépeignent le portrait d’une institution en pleine dérive identitaire.
Cette sortie médiatique intervient à un moment charnière pour le football gabonais, où la restructuration des clubs professionnels est au cœur des débats. Le cas de US Bitam devient ainsi symptomatique des maux qui rongent certains grands noms du championnat national : des luttes d’influence fratricides qui finissent par occulter le projet sportif. Pour le « peuple » de Bitam, le message de Poko est un appel au rassemblement, une exigence de retour aux fondamentaux avant que le « rêve » ne s’éteigne définitivement.Reste à savoir si ce « coup de poing sur la table » suffira à provoquer le sursaut nécessaire au sommet de l’USB. Dans une ville où le football est une religion, le silence des dirigeants face à une telle charge d’une figure aussi respectée que Poko ne fera qu’accentuer le fossé avec la base.


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