Dans les artères saturées du Grand Libreville, une zone grise économique s’installe au vu et au su de tous. Des centaines de véhicules privés, dépourvus de tout document légal, saturent désormais le marché du transport en commun, transformant le secteur en un véritable « fourre tout» difficilement contrôlable. Cette prolifération de l’informel ne se contente pas de densifier les embouteillages ; elle fragilise l’ensemble de l’écosystème du transport urbain en instaurant une concurrence déloyale face aux chauffeurs qui s’acquittent, eux, des lourdes taxes de mise en circulation.Le phénomène a atteint un tel seuil que la distinction entre le particulier et le professionnel est devenue quasi invisible pour l’usager lambda.
Pour les transporteurs en règle, l’amertume est palpable : pendant qu’ils financent les caisses de l’État et des municipalités, une armée de « clandestins » capte une part croissante des revenus sans contribuer à l’effort fiscal. Cette confusion des genres crée un climat d’insécurité juridique et opérationnelle, où la loi du plus fort semble primer sur la réglementation en vigueur.Face à cette dérive, le silence des autorités municipales interroge. Si le besoin de mobilité des Librevillois est réel, l’impuissance des services de régulation face à ce déploiement illégal décrédibilise l’autorité publique. L’absence de signes distinctifs clairs sur ces véhicules — plaques d’immatriculation spécifiques ou macarons officiels — empêche non seulement une identification efficace par les forces de l’ordre, mais expose également les passagers à des risques accrus en cas d’accident ou de litige, ces transporteurs d’un nouveau genre opérant souvent sans les assurances adéquates.
L’assainissement du transport dans la capitale gabonaise apparaît comme un défi politique majeur. Au-delà de la simple répression, c’est toute la question de la professionnalisation du secteur et de la modernisation du parc automobile qui est posée. Pour le gouvernement, l’enjeu est de transformer cette jungle urbaine en un service public structuré, capable de générer des recettes fiscales tout en garantissant la sécurité des citoyens. Sans une reprise en main vigoureuse, Libreville risque de rester le théâtre d’une anarchie roulante où le droit s’efface devant l’opportunisme.


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