La question brûle toutes les lèvres et s’étale comme un triste constat d’échec sur les voiries de la capitale : pourquoi Libreville demeure-t-elle désespérément aussi sale malgré les annonces tonitruantes et les dotations fastueuses ? Lorsqu’il était Maire de la commune, Pierre Matthieu Obame Etoughe avait pourtant fait l’acquisition de nombreux camions de ramassage d’ordures ménagères et d’engins divers, rapidement pris en main par des agents municipaux formés à cet effet, venant ainsi renforcer le parc roulant déjà acquis par le CTRI. Face à un tel arsenal logistique, le spectacle récurrent des immondices qui jonchent nos quartiers a de quoi laisser perplexe.Pourtant, les moyens matériels n’ont jamais semblé aussi abondants sur le papier.
Le mercredi 11 mars 2026, la Direction de l’entretien des Travaux Publics et de la Reconstruction avait servi de cadre à la cérémonie officielle de remise d’équipements de pointe destinés à l’entretien des bassins versants du Grand Libreville, livrés par l’Unité de Coordination de l’Étude et des Travaux (UCET). L’arsenal réceptionné par la Mairie comprenait notamment dix camions bennes à ordures ménagères de vingt mètres cubes, deux camions bennes classiques, deux tractopelles, deux chariots télescopiques et deux camions Ampliroll équipés de grues, complétés par du matériel léger de débroussaillement pour éradiquer les dépotoirs sauvages.Ce matériel lourd s’inscrivait dans le droit fil d’une acquisition majeure intervenue au cours du même mois de mars 2026, portant sur une vingtaine d’équipements lourds d’assainissement et de voirie d’une valeur de plus d’un milliard deux cents millions de francs CFA, financés à travers le projet Terre Nouvelle de la Banque islamique de développement. Cette dotation pléthorique, censée révolutionner la collecte des déchets et la propreté urbaine, semble s’être évaporée dans les méandres de l’incurie administrative, laissant les populations s’enliser dans l’insalubrité pendant que les camions ne se montrent nulle part sur le terrain.
Ce grand décalage entre la profusion des équipements réceptionnés en grande pompe et la saleté persistante de nos rues met en lumière un problème abyssal de gouvernance et de suivi logistique. À quoi bon mobiliser des milliards de francs CFA et acquérir des dizaines d’engins de pointe si c’est pour les voir disparaître ou moisir loin des zones d’intervention ? La Mairie de Libreville doit des comptes aux citoyens : la lutte contre l’insalubrité ne se gagnera pas avec des parcs automobiles fantômes, mais par la transparence, la rigueur et l’usage effectif des outils offerts à la collectivité.


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