Une étude mondiale inédite, réalisée par l’organisation Porta Sophia pour le compte de l’ONG Blessings of the Forest (BOTF) et de l’Indigenous Medicine Conservation Fund (IMCF), met en lumière la multiplication alarmante des dépôts de brevets liés à l’iboga à travers le globe. Ce rapport exhaustif recense pas moins de 1 382 dossiers enregistrés internationalement, dont 380 rien qu’aux États-Unis, contrastant cruellement avec les vingt malheureux dépôts recensés pour l’ensemble du continent africain. Face à cette captation agressive des savoirs ancestraux, le président de BOTF-Gabon, Yann Guignon, exhorte les autorités nationales à passer d’une posture passive à une gouvernance active de leur patrimoine endogène.
Le constat dressé par l’étude révèle une menace directe et documentée pesant sur les usages traditionnels, spirituels et thérapeutiques de la plante, connus et pratiqués au Gabon depuis des générations. Parmi les inventions ciblées comme les plus risquées pour le patrimoine culturel, une grande majorité concerne le traitement de l’addiction et du sevraqe, s’appropriant ainsi directement l’un des usages médicinaux les plus ancrés dans la tradition locale. Plus troublant encore, la grande majorité de ces requêtes juridiques reconnaissent explicitement l’origine autochtone et africaine de la ressource, confirmant l’exploitation systématique des connaissances communautaires sans contrepartie.Alors que la cadence des enregistrements s’accélère de manière fulgurante — avec près de 436 nouveaux dossiers recensés entre 2020 et 2025 —, le fossé technologique et juridique ne cesse de se creuser au détriment de l’Afrique. L’organisation régionale de propriété intellectuelle, l’OAPI, ne comptabilise que deux dépôts sur son territoire, illustrant le retard pris par les nations d’origine face aux géants industriels et académiques occidentaux ou asiatiques. Pendant que le reste du monde brevète, finance et industrialise les dérivés de l’iboga, le Gabon accuse un temps de retard dans la protection juridique et la valorisation économique de ses richesses biologiques.Cette sonnette d’alarme ne constitue en rien un rejet de la recherche scientifique légitime, mais pointe du doigt les dérives d’une appropriation unilatérale déconnectée des intérêts des populations détentrices.
Un brevet octroyé à l’étranger ne s’applique pas automatiquement sur le sol gabonais, certes, mais l’absence de veille stratégique expose le pays à la perte totale de souveraineté sur ses propres ressources génétiques. Pour l’ONG Blessings of the Forest, le temps est donc à la mobilisation générale, articulant surveillance des brevets, renforcement de l’expertise juridique et soutien indéfectible à la recherche locale.En définitive, le Gabon ne peut plus se contenter d’être relégué au simple rang de pays d’origine d’une ressource convoitée par les laboratoires internationaux. L’enjeu est désormais d’ériger une véritable stratégie nationale de gouvernance scientifique, culturelle et économique pour garantir un juste partage des bénéfices et préserver l’intégrité de son patrimoine. C’est à ce prix, entre rigueur institutionnelle et défense des savoirs ancestraux, que le pays s’imposera en maître incontesté de son destin thérapeutique et identitaire.


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