Après le bitume et le pétrole, voilà que la Ve République s’invite au chevet des quartiers populaires avec une trousse de secours format XXL. À Kinguélé et Akébé, la santé n’est plus un luxe que l’on va chercher en taxi-bus vers les grands centres climatisés, elle s’installe directement entre le vendeur de beignets et le boutiquier du coin. C’est la « politique du stéthoscope » : Brice Clotaire Oligui Nguema semble vouloir prouver que pour soigner le pays, il faut d’abord panser les plaies là où elles saignent le plus, au cœur des mapanes où l’on a longtemps confondu aspirine et miracle.
On nous présente ces centres de santé comme les nouveaux fleurons de la dignité retrouvée, où le patient n’est plus un numéro égaré dans un couloir sombre, mais un citoyen choyé par la proximité. L’idée est séduisante : transformer des zones autrefois délaissées en pôles de vitalité sanitaire. C’est un peu le « service après-vente » du 30 août : après avoir libéré les institutions, on s’attaque aux tensions artérielles et aux fièvres tropicales avec une ferveur qui ferait passer l’ancien régime pour une simple grippe passagère.Cependant, dans l’enthousiasme des inaugurations, on espère que la « proximité » ne s’arrêtera pas à la peinture fraîche des bâtiments et à la coupure du ruban. Car la santé de proximité, c’est aussi l’art de trouver un infirmier quand on a mal, et pas seulement une plaque commémorative brillante sur un mur.
À Kinguélé comme à Akébé, le défi sera de passer du décor de cinéma médical à la réalité des soins, afin que le plateau technique soit aussi solide que le discours politique qui l’accompagne.En somme, faire de la santé le cœur de la politique de proximité est un pari audacieux qui transforme Libreville en un vaste dispensaire à ciel ouvert. Si la Ve République parvient à faire circuler les médicaments aussi vite que les promesses, alors la « félicité » pourrait bien avoir une odeur d’éther et de désinfectant.


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