
Le Gabon engage une double offensive, juridique et économique, pour défendre son projet d’interdiction des importations de poulets de chair à compter du 1er janvier 2027. Contestée par les États-Unis devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), cette mesure constitue un enjeu majeur pour la souveraineté alimentaire du pays et la relance de sa production nationale.
Au cœur de ce différend commercial, Libreville entend réduire sa dépendance aux importations et favoriser l’émergence d’une véritable industrie avicole locale. Selon les données communiquées par le gouvernement, le Gabon importe chaque année plus de 100 000 tonnes de poulet de chair, pour une facture estimée à 85 milliards de FCFA.
À l’inverse, la production nationale demeure limitée à environ 4 000 tonnes annuelles. Une situation qui illustre l’ampleur du défi à relever. Sur le plan diplomatique, les autorités gabonaises préparent leurs arguments en s’appuyant sur les dispositions des accords commerciaux internationaux, notamment l’article XVIII du GATT, qui prévoit, sous certaines conditions, des possibilités de protection des industries naissantes des pays en développement. L’objectif est de défendre les intérêts économiques du pays sans s’exposer à une violation de ses engagements internationaux.
Parallèlement, le gouvernement accélère la structuration de la filière. Adopté en février 2026, le Plan opérationnel d’urgence pour la filière avicole ambitionne de porter la production nationale entre 100 000 et 130 000 tonnes par an à l’horizon 2027-2028. Des financements ont déjà été mobilisés pour soutenir les exploitations, tandis que de nouveaux investissements privés sont annoncés.
Lors du Conseil des ministres du 8 octobre dernier, un guide destiné à améliorer la gestion et la rentabilité des coopératives avicoles a également été présenté.
Toutefois, le succès de cette stratégie dépendra de la capacité du Gabon à produire suffisamment, à des coûts maîtrisés, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages.
Face à Washington, Libreville joue donc bien plus qu’un bras de fer commercial : il s’agit de transformer une dépendance alimentaire en opportunité de développement industriel.


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