Dès la tombée de la nuit, le Grand Libreville s’enfonce dans une pénombre inquiétante. Depuis plusieurs semaines, les délestages intempestifs de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) ne sont plus de simples désagréments domestiques ; ils sont devenus le catalyseur d’une insécurité galopante. De Nzeng-Ayong à Akanda, en passant par les quartiers populaires d’Owendo, l’absence d’éclairage public et domestique offre un terrain de jeu idéal aux réseaux de criminalité de proximité.
Pour les riverains, chaque coupure de courant sonne désormais comme le signal d’un couvre-feu imposé par la peur, transformant les rues sombres en zones de non-droit où les agressions et les cambriolages se multiplient sous le voile de l’obscurité.Cette crise de l’énergie met à nu les fragilités d’un réseau électrique national sous-dimensionné face à l’explosion démographique de la capitale. Malgré les annonces de modernisation, le déficit de production et la vétusté des transformateurs plongent des milliers de foyers dans une incertitude quotidienne qui alimente la psychose. Le lien entre délestages et insécurité est devenu flagrant : les malfaiteurs profitent de l’arrêt des systèmes d’alarme et de vidéosurveillance pour opérer en toute impunité. Cette situation crée une pression sociale sans précédent sur les autorités, alors que le sentiment d’abandon des populations des quartiers périphériques, premières victimes de ces coupures ciblées, ne cesse de croître.
L’impact économique de ces « nuits noires » est tout aussi dévastateur, renforçant indirectement la précarité qui nourrit la délinquance. Les petits commerces de quartier, déjà fragilisés par la perte de leurs stocks de produits frais, ferment boutique dès le crépuscule par crainte des braquages. Cette paralysie de l’économie nocturne prive de nombreux jeunes de revenus d’appoint, exacerbant les tensions sociales dans les zones déjà sensibles. En l’absence de solutions pérennes pour stabiliser la fourniture d’électricité, le Grand Libreville s’enfonce dans un cercle vicieux où la faillite énergétique devient le premier complice de la dégradation du climat sécuritaire.La question de l’électricité au Gabon quitte le champ purement technique pour devenir un enjeu de sécurité intérieure prioritaire. Pour le gouvernement, l’urgence n’est plus seulement de réparer des câbles, mais de restaurer l’autorité de l’État dans des quartiers où le noir complet a fini par effacer la présence policière. Si le rétablissement d’un éclairage public fiable et la fin des délestages sauvages ne sont pas actés rapidement, le Grand Libreville risque de voir son attractivité s’effondrer au profit d’une loi de la rue de plus en plus audacieuse. La lumière est désormais attendue par les Librevillois non plus comme un confort, mais comme le premier rempart contre la violence.


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