Le paysage énergétique gabonais se trouve à la croisée des chemins, marqué par un paradoxe entre potentiel naturel et réalité tarifaire. Selon le récent classement 2025 de Sika Finance, le Gabon se hisse au sixième rang des pays africains où l’électricité est la plus onéreuse, avec un coût moyen de 0,205 USD/kWh. Ce constat, mis en exergue lors de la 10e édition du Marché africain de l’énergie (AEMP) à Libreville, souligne l’urgence d’une réforme structurelle pour alléger le fardeau financier des ménages et renforcer la compétitivité des entreprises locales dans un marché régional de plus en plus intégré.L’analyse des causes de cette cherté révèle une fracture énergétique profonde.
La fragmentation du réseau national handicape l’optimisation des flux, tandis que l’accès à l’électricité en zone rurale reste marginal (29 %) comparativement au taux national global de 94 %. À cela s’ajoute une dépendance critique aux énergies fossiles, notamment le gaz et le diesel, dont la volatilité des prix pèse lourdement sur les coûts de production. Cette configuration, associée à une distribution encore trop sujette aux aléas techniques, limite l’efficacité opérationnelle et freine l’expansion économique des localités de l’arrière-pays.Le déficit énergétique, véritable goulot d’étranglement pour le développement industriel, a connu une progression inquiétante, passant de 285 MW en 2023 à une fourchette située entre 355 et 360 MW aujourd’hui. Ces chiffres, portés par le ministre de l’Énergie, Philippe Tonangoye, traduisent une demande croissante qui surpasse les capacités actuelles de production. En plus de l’insuffisance de l’offre, le secteur pâtit de pertes commerciales significatives et de difficultés de recouvrement des recettes, des facteurs qui obèrent la capacité d’investissement des opérateurs et renchérissent le coût final du raccordement pour les usagers.
Pour sortir de cette impasse, une réorientation stratégique du mix énergétique s’impose. Si le Gabon mise sur l’implantation de nouvelles centrales à gaz pour répondre à l’urgence, les recommandations internationales convergent vers une exploitation plus audacieuse du potentiel hydroélectrique national. L’hydroélectricité, couplée au gaz comme énergie de transition et au solaire pour l’électrification rurale décentralisée, apparaît comme la solution la plus durable et la moins coûteuse à long terme. C’est par cette diversification et par la modernisation des infrastructures de transport que le pays pourra enfin garantir une énergie stable, propre et accessible à tous les citoyens.


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