La bataille pour la couronne continentale quitte définitivement les pelouses pour les prétoires. Dans un courrier cinglant adressé ce mardi au secrétaire général de la CAF, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a formellement contesté la décision de la Commission d’Appel de sanctionner les Lions de la Teranga sur « tapis vert » (3-0). En qualifiant cette sentence d’« infondée, arbitraire et manifestement disproportionnée », Dakar fustige un revirement institutionnel spectaculaire : cette nouvelle décision vient en effet casser le premier verdict de la Commission de discipline du 28 janvier, qui avait initialement débouté le Maroc.
Pour l’instance sénégalaise, ce rebondissement juridique deux mois après la finale est une entorse majeure à la stabilité des compétitions.Face à ce qu’elle considère comme un séisme administratif, la FSF a annoncé son intention de saisir le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) sous 48 heures. L’objectif est clair : obtenir l’annulation pure et simple de la décision de la CAF et geler toute procédure de remise officielle du trophée au Maroc dans l’attente d’un arbitrage définitif à Lausanne. Cette mise en demeure place la Confédération africaine dans une position inconfortable, l’obligeant à suspendre l’exécution d’une sanction qui a déjà mis le feu aux poudres entre deux des plus grandes nations de football du continent. Le recours au TAS, instance suprême du sport mondial, transforme ce litige en un test de crédibilité pour la gouvernance du football africain.L’argumentaire sénégalais repose sur une faille juridique précise : la violation de la doctrine de la « souveraineté de l’arbitre ». Selon la FSF, en requalifiant a posteriori un incident de jeu résolu sur le terrain en « forfait », la CAF outrepasse ses droits. La fédération s’appuie sur la jurisprudence internationale (notamment l’arrêt TAS 2013/A/3139) pour démontrer qu’un arrêt de jeu de quinze minutes, suivi d’une reprise acceptée par toutes les parties, ne peut légalement conduire au retrait d’un titre.
Pour les juristes de Dakar, sanctionner une équipe qui a terminé le match et soulevé le trophée après validation de l’arbitre constitue une mesure ultra vires, excédant les pouvoirs de l’instance continentale.Enfin, le Sénégal conteste l’interprétation « abusive » de l’article 84 du règlement de la CAN par la Commission d’Appel. La FSF soutient que la notion d’abandon suppose une rupture définitive et irréversible de la compétition. Or, le retour effectif des joueurs sur la pelouse et le coup de sifflet final régulier rendent, selon elle, cet article totalement inapplicable. En rappelant que le résultat avait été homologué et le trophée remis officiellement sur le podium de Rabat, le Sénégal espère faire tomber le verdict de la CAF au nom de l’équité sportive. Ce bras de fer juridique promet de tenir l’Afrique en haleine, tant l’issue finale pourrait redéfinir les rapports de force institutionnels au sein de la CAF.


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