Le pouvoir congolais a-t-il décidé de livrer bataille sur le terrain glissant du monde virtuel ? Lors du dernier Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi a troqué ses habits de diplomate pour ceux de censeur en chef, fustigeant les dérives des plateformes numériques. Pour le locataire du Palais de la Nation, TikTok, Facebook et consorts sont devenus des vecteurs privilégiés de « désinformation », d’« injures publiques » et surtout de « discours de haine » menaçant la cohésion nationale. Invoquant la sûreté de l’État, le chef de l’exécutif a instruit son gouvernement de durcir l’encadrement du secteur, au nom d’une « stabilité sociale » dont la définition reste, aux yeux de ses détracteurs, singulièrement floue.
Au cœur de cette offensive se trouve le Code du numérique, promulgué il y a trois ans, mais que le président juge aujourd’hui « insuffisamment appliqué ». Pourtant, dans les couloirs des tribunaux kinois, l’étonnement est de mise. Sous couvert d’anonymat, une source judiciaire de haut rang confie son scepticisme : ce texte a déjà servi de base légale, ces deux dernières années, à l’interpellation et au jugement de nombreux opposants et activistes. En appelant à une application plus « rigoureuse », Félix Tshisekedi semble vouloir transformer un outil de régulation technique en un véritable levier de contrôle politique, alors que l’espace civique congolais subit déjà des pressions croissantes.Cette annonce a immédiatement mis le feu aux poudres au sein de la société civile. Le mouvement citoyen Filimbi est monté au créneau, dénonçant une « menace directe contre la démocratie » et une tentative de verrouillage d’un environnement déjà marqué par la répression.
Pour les observateurs, cette reprise en main numérique s’inscrit dans une tendance régionale inquiétante, rappelant les récents blocages de réseaux sociaux observés chez certains voisins. Entre la nécessité de lutter contre les « fake news » et la tentation de museler la critique, Kinshasa s’aventure sur une ligne de crête où chaque nouveau clic pourrait désormais conduire devant les tribunaux.


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