Dans le paysage contrasté de la zone CEMAC, le Gabon s’impose désormais comme le moteur d’une dynamique de croissance retrouvée. Sous l’impulsion du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, Libreville ne se contente plus de subir les cycles des matières premières, mais orchestre une transformation structurelle profonde. Avec une croissance du PIB oscillant entre 2,5 % et 3,5 %, le pays surclasse la moyenne régionale, souvent atone sous la barre des 2 %. Ce différentiel de performance témoigne d’une rupture avec le modèle de rente exclusif, portée par une discipline budgétaire accrue et une volonté politique de faire du Gabon le laboratoire industriel de la sous-région.
Le pivot de cette réussite repose sur l’accélération de la diversification hors-pétrole. Si l’or noir domine encore les exportations, c’est vers l’« or vert » que les regards se tournent : l’industrie du bois transformé pèse désormais près de 10 % du PIB, hissant le pays au rang de leader continental. Ce succès, catalysé par la Zone Économique Spéciale de Nkok — qui regroupe plus de 140 entreprises internationales — préfigure les ambitions de l’agro-industrie et des mines. En consolidant sa place de deuxième producteur mondial de manganèse et en modernisant ses infrastructures énergétiques (avec un taux d’accès à l’électricité dépassant les 90 % en zone urbaine), le Gabon construit les fondations d’une attractivité capable de capter des flux massifs d’investissements directs étrangers (IDE).Toutefois, pour transformer cet essai macroéconomique en réussite sociale durable, les autorités de la Ve République font face à des défis structurels persistants.
L’amélioration du climat des affaires, par la digitalisation et la lutte contre la corruption, est un signal fort envoyé aux marchés, mais l’équation du chômage des jeunes et de la montée en compétence de la main-d’œuvre locale reste à résoudre. L’enjeu de cette « 5ème République » économique sera de convertir la valeur ajoutée industrielle en progrès humain tangible. Si le cap des réformes est maintenu, le Gabon pourrait bien cesser d’être une simple économie de ressources pour devenir le hub logistique et innovant dont l’Afrique centrale a besoin.
Yolande ABORE


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