Le réveil est brutal pour les administrés de nos cités. Alors que l’on espérait une rupture nette avec les errements du passé sous l’impulsion de la Ve République, le constat qui se dégage des récents budgets primitifs est sans appel : nos mairies sont devenues de gigantesques directions des ressources humaines. Dans la grande majorité des communes du pays, près de 70% des enveloppes budgétaires sont siphonnés par le fonctionnement, et plus précisément par les émoluments des équipes municipales. Cette boulimie salariale ne laisse que des miettes, un reliquat dérisoire, pour l’investissement productif et l’entretien urbain.
Pour les populations, c’est un véritable camouflet. Dans les quartiers de Libreville, Port-Gentil ou Oyem, l’attente était pourtant immense. Les citoyens espéraient voir fleurir des projets concrets : réhabilitation des voiries secondaires, éclairage public pérenne, gestion moderne des ordures ou adduction d’eau dans les zones sous-intégrées. Au lieu de cela, ils assistent, impuissants, à une gestion bureaucratique où l’essentiel de l’argent public sert à entretenir le train de vie d’une élite locale, au détriment de l’intérêt général. Le contraste entre les promesses de campagne et la réalité des chiffres est aujourd’hui saisissant.Pourtant, cette inertie municipale entre en collision frontale avec la vision de « bâtisseur » prônée par le Chef de l’État. Le message au sommet de l’appareil est pourtant limpide : chaque centime doit concourir à l’édification du « Gabon Nouveau ». Comment bâtir cette nation forte si le premier échelon de la démocratie, la commune, se complait dans un immobilisme financier ? En sacrifiant l’investissement sur l’autel des salaires, les élus locaux freinent non seulement l’élan national, mais ils trahissent surtout l’esprit de renouveau qui devait caractériser cette ère de transformation institutionnelle.
L’heure est donc à l’urgence et à la responsabilité. Il est impératif que les autorités de tutelle, notamment le ministère de l’Intérieur, imposent un rééquilibrage drastique de ces ratios budgétaires. Une mairie ne peut plus se contenter d’être un guichet de paie. Pour que la Ve République tienne ses promesses de prospérité partagée, le développement local doit cesser d’être le parent pauvre des politiques publiques. Sans un sursaut patriotique de la part des édiles, le rêve d’une amélioration concrète du cadre de vie des Gabonais risque de s’évaporer dans les couloirs feutrés de nos hôtels de ville.


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