À Libreville, l’image est devenue aussi banale qu’exaspérante : des bacs à ordures flirte avec des caniveaux à ciel ouvert. Dans plusieurs quartiers de la capitale, le dispositif de collecte de la société Clean Africa est aujourd’hui sur la sellette. Lorsque ces conteneurs débordent, leur contenu — et parfois le bac lui-même — finit sa course dans les canalisations, obstruant l’évacuation des eaux. Un scénario catastrophe alors que la saison des pluies menace de transformer les artères de la ville en véritables torrents de détritus.Le dialogue de sourds entre les acteurs du ramassage et les autorités municipales exaspère une population prise en étau.
Sur le terrain, les agents de Clean Africa dégagent souvent toute responsabilité, arguant que le curage des caniveaux relève de la compétence exclusive de la mairie. Pendant que les administrations se renvoient la balle sur le partage des tâches, les riverains, eux, assistent impuissants à la dégradation de leur cadre de vie. La question qui brûle toutes les lèvres reste la même : à qui profite cette inertie alors que les dégâts matériels sont imminents ?Au-delà de la simple gestion des déchets, c’est l’absence d’aménagement urbain concerté qui est pointée du doigt. Pour de nombreux observateurs, l’installation de bacs à même la chaussée, sur des routes déjà exiguës, relève d’un manque criant de planification. « Pourquoi ne pas avoir cassé un talus ou construit une zone de déchet spécifique ? » s’interrogent les usagers. Cette absence de « façades » dédiées au stockage des immondices force les bacs à empiéter sur la voie publique, créant au passage d’importants goulots d’étranglement pour le trafic urbain.L’urgence commande aujourd’hui à Clean Africa et aux municipalités de repenser totalement le dispositif de collecte. Le simple dépôt de bennes sur le bitume ne peut plus tenir lieu de politique de salubrité publique dans une métropole moderne.
L’heure est à la création de véritables points de regroupement maçonnés et sécurisés, capables de contenir les flux de déchets sans menacer le réseau d’assainissement. Sans un investissement structurel rapide, les discours sur la « restauration » de la capitale risquent de sombrer dans les eaux boueuses des caniveaux obstrués.En attendant une réaction forte du Palais du Bord de Mer ou de la Primature, les Librevillois se préparent à subir, une fois de plus, les caprices du ciel et les défaillances de la logistique urbaine. La gestion des ordures ménagères, bien plus qu’un simple service technique, devient un test de crédibilité pour les autorités. Car si le Gabon veut attirer les investisseurs et soigner son image de marque, il doit d’abord prouver qu’il sait tenir son propre salon au propre, loin du chaos des bacs qui tombent à l’eau.


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