La Toile gabonaise s’est enflammée pour une chimère. Depuis quelques jours, un document aux allures de communiqué officiel sature les fils d’actualité, provoquant une vague d’indignation et de sarcasmes. Le texte, d’un autoritarisme déroutant, prétend imposer à chaque foyer l’affichage de deux portraits du chef de l’État : l’un trônant au salon, l’autre veillant sur la chambre à coucher. Une injonction d’un autre âge qui, après vérification, s’avère être une pure invention destinée à tester la crédulité des internautes et à éroder le capital de confiance des institutions.
Au-delà de l’absurdité du fond, la forme trahit immédiatement la supercherie. Entre fautes de syntaxe grossières et absence totale de références juridiques — ni décret, ni ordonnance, ni sceau authentique —, ce « document » ne résiste pas à une analyse élémentaire. À ce jour, aucun canal de diffusion officiel, du sommet de l’État au ministère de la Cohésion sociale, n’a relayé une telle directive. Ce silence institutionnel confirme la thèse d’une manœuvre de déstabilisation psychologique visant à dépeindre le pouvoir actuel sous des traits caricaturaux et liberticides.Cet épisode ravive le débat brûlant sur la régulation de l’espace numérique au Gabon. Il intervient alors que la mémoire de la suspension des réseaux du groupe Meta par la Haute Autorité de la Communication (HAC), le 18 février dernier, est encore vive. À l’époque, l’organe de régulation justifiait cette mesure radicale par la prolifération de la cyber-narcose : fake news, harcèlement et manipulations informationnelles. Ce nouveau « fake » illustre parfaitement les dérives que les autorités tentent de juguler, tout en posant le défi de l’éducation aux médias pour une population de plus en plus exposée aux contenus viraux.Face à cette offensive de désinformation, la prudence reste le seul rempart efficace.
L’opinion publique est appelée à ne pas se laisser dicter ses émotions par des officines de l’ombre dont l’unique objectif est de semer la confusion. En 2026, à l’heure de la restauration des institutions, la vigilance citoyenne doit s’accompagner d’un retour systématique aux sources officielles. Car, si le portrait du président reste un symbole républicain dans les administrations, son intrusion forcée dans l’intimité des foyers n’aura été que le fantasme de quelques manipulateurs de pixels.
Yolande ABORE


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