À Libreville, se loger est devenu un parcours du combattant où le risque d’extorsion guette à chaque coin de rue. Le marché de la location, sous tension permanente, est désormais le théâtre d’une recrudescence d’arnaques orchestrées par des réseaux de « démarcheurs » opérant en toute illégalité. Se faisant passer pour des agents immobiliers agréés, ces intermédiaires de l’ombre ont mis en place un système de prédation qui fragilise les ménages les plus modestes. Dans la capitale gabonaise, l’accès au logement ne dépend plus seulement de la solvabilité du locataire, mais de sa capacité à naviguer dans un océan de malversations institutionnalisées.
Le mode opératoire, rodé et implacable, s’apparente à une véritable « arnaque en bande organisée ». Pour un loyer modeste de 150 000 FCFA, le demandeur se voit exiger une mise de départ astronomique atteignant souvent 450 000 FCFA, cumulant avance, caution et des frais dits « d’agence » représentant 100 % d’un mois de loyer. Plus grave encore, une complicité tacite semble s’être nouée entre propriétaires et démarcheurs : même lorsqu’un bien est trouvé sans intermédiaire, certains bailleurs imposent le passage par leur « agent » attitré pour capter une commission occulte. Ce racket systémique vide les poches des locataires avant même qu’ils n’aient franchi le seuil de leur nouvelle demeure.Cette impunité est alimentée par une absence de régulation stricte et des pratiques frauduleuses qui se sont banalisées. Multiplier les visites payantes pour un même bien déjà loué, encaisser des cautions sans documents légaux, puis disparaître dans la nature : le catalogue des dérives est long. Dans un pays où le coût de la vie ne cesse de grimper, ces acteurs de l’informel s’autoproclament experts immobiliers sans aucun titre, profitant d’un vide juridique persistant.
Pour beaucoup de Librevillois, le rêve d’un chez-soi se transforme ainsi en un cauchemar financier dont il est difficile de se remettre.Face à ce phénomène qui mine la paix sociale, l’appel à l’intervention de l’État se fait de plus en plus pressant. Le secteur immobilier gabonais attend désespérément un cadre législatif rigoureux capable d’assainir les pratiques et de protéger les citoyens contre les abus des spéculateurs de tout bord. Jusqu’à quand l’impunité restera-t-elle la règle ? La professionnalisation du métier d’agent immobilier et le recadrage du secteur informel apparaissent aujourd’hui comme des chantiers prioritaires pour les autorités compétentes, afin de restaurer la confiance entre bailleurs et locataires.
Yolande ABORE


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