Dans les foyers de Libreville comme dans les zones industrielles d’Owendo, la promesse résonne comme un mantra, mais l’obscurité, elle, reste une réalité têtue. L’objectif « zéro délestage » à l’horizon 2027, pierre angulaire du projet de société Ensemble Bâtissons l’Édifice Nouveau, est plus qu’un engagement technique : c’est le contrat de confiance sur lequel Brice Clotaire Oligui Nguema a bâti sa légitimité présidentielle le 12 avril 2025. Pourtant, à l’épreuve du quotidien, le curseur de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) semble osciller entre investissements massifs et résultats invisibles, transformant l’ambition présidentielle en un véritable saut dans l’inconnu.
Sur le papier, l’effort de guerre est impressionnant. Des milliards de FCFA ont été injectés pour l’acquisition de nouveaux groupes électrogènes et le renforcement des capacités des centrales thermiques existantes. Le Palais de la Rénovation n’a pas lésiné sur les moyens pour doper une offre structurellement déficitaire. Mais sur le terrain, ces injections de capitaux ressemblent parfois à des pansements sur une jambe de bois. Les délestages intempestifs continuent de rythmer la vie des Gabonais, tandis que le stress hydrique, ce « casse-tête chinois » permanent, assèche les robinets de la capitale, rendant la fracture entre les annonces officielles et le vécu des usagers de plus en plus béante.Au cœur du problème se trouve la restructuration de la SEEG, une hydre administrative que chaque nouveau management tente de dompter sans succès apparent. Annoncée en grande pompe comme le remède miracle à l’inefficacité du service public, cette mue institutionnelle tarde à produire ses effets. Pour beaucoup d’observateurs, la SEEG souffre d’un mal profond : un réseau de distribution vétuste, incapable d’absorber les nouvelles capacités de production, et une gouvernance interne où les réformes structurelles semblent s’évaporer dans les méandres de la bureaucratie. Dès lors, l’amélioration significative tant attendue prend des airs de chimère pour une population à bout de patience.L’échéance de 2027 approche à grands pas, et avec elle, l’heure des comptes. Pour le régime de la Cinquième République, le succès ou l’échec du plan énergétique sera le juge de paix de sa capacité à transformer le pays.
Au-delà des achats d’équipements, c’est une véritable révolution culturelle qui est attendue au sein de la compagnie nationale. La question n’est plus seulement de savoir si le Gabon peut produire assez d’énergie, mais s’il possède l’outil technique et humain capable de l’acheminer sans interruption jusqu’au dernier kilomètre. Sans une clarification radicale des circuits de maintenance et de gestion, le « zéro délestage » risque de rester un slogan de campagne joliment emballé.En définitive, le dossier de l’eau et de l’électricité est devenu le test ultime de la redevabilité du pouvoir en place. Si la vision d’Oligui Nguema est claire, son exécution par la SEEG soulève des doutes légitimes. Transformer le stress hydrique en flux continu et l’obscurité en lumière pérenne demande plus que des investissements colossaux ; cela exige une rupture totale avec les pratiques du passé. À deux ans du rendez-vous fatidique, le Gabon retient son souffle, espérant que 2027 ne sera pas l’année d’un nouveau court-circuit entre les promesses et la réalité.


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