Cent jours. Dans l’arithmétique politique librevilloise, ce cap symbolique résonne désormais comme un couperet pour l’équipe gouvernementale. Alors que l’euphorie des premiers mois laisse place à une exigence de résultats concrets, le Palais du Bord de Mer semble perdrait patience dit-on face à la lenteur de certains départements ministériels. Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a fait de la restauration des institutions et de l’efficacité administrative son cheval de bataille, observe de près ceux qui, dans son propre camp, peinent à imprimer le rythme d’une gouvernance qu’il veut de rupture.
Le bilan de ce premier trimestre d’action publique laisse apparaître un contraste saisissant. Si des avancées sont notables dans les grands chantiers d’infrastructures et la diplomatie régionale, d’autres secteurs, comme la lutte contre la vie chère ou l’accès à l’eau potable, piétinent. Pour de nombreux observateurs, l’incompétence de certains ministres, plus à l’aise dans les ors des salons que sur le terrain, devient un boulet pour l’exécutif. La pression populaire monte, et avec elle, la nécessité pour le chef de l’État de donner des gages de fermeté.En coulisses, les rumeurs de remaniement s’intensifient. Le récent Conseil interministériel, au cours duquel chaque membre du gouvernement a dû défendre sa feuille de route, a pris des airs d’examen de passage. Le message envoyé par la présidence est sans ambiguïté : le temps du tâtonnement est révolu. Les ministres qui n’ont pas su transformer leurs budgets en réalisations tangibles pour les Gabonais se retrouvent aujourd’hui sur la sellette, menacés d’être évincés au profit de profils plus techniques et moins politisés.Cette quête d’efficacité répond également à un impératif de crédibilité vis-à-vis des partenaires internationaux. Le Gabon, engagé dans une vaste opération de séduction auprès des bailleurs de fonds comme la Banque mondiale, ne peut se permettre de traîner des dossiers en souffrance à cause d’une inertie administrative.
Pour rassurer les marchés et les investisseurs, Libreville doit projeter l’image d’un État en ordre de marche, où la compétence prime sur les affinités politiques ou les équilibres géopolitiques internes.L’imminence d’un vaste ménage gouvernemental semble donc se confirmer. En se séparant des maillons faibles, Brice Clotaire Oligui Nguema ne ferait pas seulement preuve d’autorité ; il enverrait un signal fort à l’ensemble de la classe politique : l’impunité et l’immobilisme n’ont plus leur place dans le nouvel édifice qu’il entend bâtir. Pour les ministres menacés, les jours à venir s’annoncent sombres, car au Palais, on murmure déjà que « la patrie avant le parti » s’applique d’abord à ceux qui ont la charge de la servir.


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