Le palais de la Rénovation a pris des airs de quartier général des travaux publics. Le jeudi, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu en audience Mahamadou Bonkoungou, le puissant patron du groupe burkinabè Ebomaf. Au menu de cet entretien de haut vol : le désenclavement stratégique des provinces de la Ngounié et de l’Ogooué-Maritime. Avec des chantiers d’envergure couvrant près de 450 kilomètres (Axes Lebamba–Mbigou (84 km), Mbigou–Malinga–Molo (124 km), Yombi–Carrefour Rabi (125 km) et Rabi–Omboué (119 km)).
Mahamadou Bonkoungou confirme son statut de partenaire privilégié du nouveau pouvoir librevillois, s’imposant comme un acteur clé de la « transformation structurelle » promise par Lles plus hautes autorités. Pour le chef de l’État gabonais, l’enjeu est autant économique que politique. En misant sur Ebomaf pour relier le carrefour Rabi à Omboué ou Malinga à Molo, le Président cherche à corriger les déséquilibres territoriaux qui ont longtemps alimenté le sentiment de marginalisation à l’intérieur du pays. Mais au-delà de la cohésion sociale, il s’agit de fluidifier les corridors logistiques vers les zones pétrolières et agricoles. Dans un contexte de développement, l’accélération de ces investissements structurants doit servir de moteur à une croissance hors-hydrocarbures, tout en offrant des gages de pragmatisme à une population en attente de retombées concrètes.Toutefois, cette rencontre avec le géant du BTP s’accompagne d’une exigence de résultats sans précédent. Lors de l’audience, le locataire du Bord de mer a instruit une « accélération soutenue » des travaux, assortie d’un dispositif de contrôle renforcé. Fini le temps des chantiers interminables et des surfacturations : une mission technique dédiée veillera désormais au respect scrupuleux des délais et des standards de qualité.
Pour Ebomaf, qui a déjà fait ses preuves au Togo, au Bénin ou en Côte d’Ivoire, le défi gabonais est un test de crédibilité majeur. La réussite de ces tronçons critiques sera le baromètre de la capacité du groupe à s’imposer durablement en Afrique centrale face à la concurrence chinoise.En privilégiant un champion continental plutôt que des majors européennes ou asiatiques, Brice Clotaire Oligui Nguema joue la carte de la solidarité africaine et de la souveraineté infrastructurelle. Si les engins d’Ebomaf parviennent à transformer ces pistes poussiéreuses en bitume durable dans les délais impartis, le président gabonais pourra se targuer d’avoir réussi là où ses prédécesseurs ont échoué : donner un visage moderne et interconnecté à l’arrière-pays gabonais.


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