À Ouagadougou, son nom est devenu synonyme d’une audace qui ne connaît plus de frontières. Idrissa Nassa, le discret mais redoutable patron du groupe Coris, vient de franchir un nouveau rubicon en s’offrant les actifs de TotalEnergies au Burkina Faso. Cette acquisition, qui voit un fleuron tricolore céder le passage à un champion local, marque un tournant symbolique dans la stratégie du milliardaire. En passant du guichet bancaire à la pompe, l’homme qui a bâti sa fortune sur le financement des PME démontre que son appétit pour les secteurs stratégiques est désormais à la mesure de son influence : continental.
L’ascension de Coris Bank International reste l’une des sagas les plus spectaculaires de la zone UEMOA. Ce qui n’était en 2008 qu’une modeste structure de microfinance s’est mué, sous la poigne de fer de Nassa, en un titan bancaire déployant ses tentes du Sénégal au Tchad. Avec un actif dépassant les 800 millions de dollars pour sa seule filiale togolaise début 2025, le groupe ne se contente plus de suivre la croissance régionale ; il la dicte. Cette « success-story » sahélienne repose sur une recette immuable : une rigueur d’exécution quasi militaire et une capacité à racheter les actifs dont les multinationales occidentales souhaitent se délester.L’année 2024 aura été celle de la consécration pour ce stratège qui a su transformer les retraits de Société Générale ou de Standard Chartered en opportunités de conquête. En absorbant ces portefeuilles historiques, Idrissa Nassa ne se contente pas de gonfler ses bilans ; il s’approprie des segments de clientèle autrefois réservés aux banques étrangères. Cette boulimie de croissance, qui a porté le bénéfice net du groupe à près de 60 millions de dollars au premier semestre 2025, installe définitivement Coris sur le podium des trois plus grands groupes financiers de l’Union, talonnant désormais les géants historiques de la place.Mais limiter Idrissa Nassa au seul secteur bancaire serait une erreur de lecture.
Via Coris Investment, le « PDG de l’année » 2025 tisse une toile multisectorielle où l’énergie et les mines occupent désormais une place centrale. Son entrée fracassante dans la distribution pétrolière au Faso n’est que la première étape d’une diversification qui lorgne déjà vers l’Afrique centrale, avec des velléités d’implantation au Gabon. Pour les analystes, cette mutation vers un modèle de conglomérat est la réponse de Nassa à la volatilité des marchés : une assise industrielle solide pour soutenir une puissance financière de premier plan.Au-delà des chiffres, Idrissa Nassa incarne cette nouvelle garde du capitalisme africain, décomplexée et résolument souverainiste. En reprenant les rênes de secteurs vitaux, il ne cherche pas seulement le profit, mais affirme une vision : celle d’une Afrique capable de financer son propre développement avec ses propres institutions. Alors que ses pairs le pressent de continuer son expansion vers l’Afrique de l’Est, le fondateur de Coris garde la tête froide, conscient que chaque nouvelle acquisition renforce un peu plus son statut de pivot incontournable de l’économie ouest-africaine.


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