À l’Hôtel de Ville de Libreville, l’heure ne semble pas encore à l’austérité budgétaire. La nomination de 186 collaborateurs, selon plusieurs médias et sources proches du dossier, au sein du cabinet de Matthieu Obame Etoughe a provoqué une onde de choc au sein de l’opinion publique gabonaise. Alors que le pays prône une gestion rigoureuse des deniers publics et une rupture avec les pratiques du passé, l’ampleur de cette liste — digne d’une administration d’État plutôt que d’une municipalité — interroge sur la réelle volonté de réforme de l’édile.
Ce recrutement massif, perçu par beaucoup comme un retour aux vieux démons du clientélisme, place le maire dans une position délicate face aux attentes de transparence de la population.Cette inflation de conseillers et de chargés de mission est perçue par les observateurs comme une entrave directe à la « nouvelle dynamique » impulsée au sommet de l’État. En multipliant les postes de prestige, la mairie de Libreville risque non seulement d’alourdir de manière disproportionnée sa masse salariale, mais aussi de gripper l’efficacité de l’action communale. Dans un contexte où la capitale fait face à des défis urgents de salubrité et d’infrastructures, l’arbitrage budgétaire en faveur du fonctionnement du cabinet plutôt que de l’investissement urbain passe mal. Cette décision administrative devient ainsi un test politique majeur pour la crédibilité des institutions locales.
Pour les défenseurs de la bonne gouvernance, cet épisode souligne l’urgence d’un encadrement plus strict des effectifs dans les collectivités locales. Si le maire invoque la nécessité de s’entourer d’expertises variées pour transformer la cité, la méthode interroge sur la cohérence globale de la politique de « restauration » des institutions. Entre les promesses de vertu républicaine et la réalité des nominations de cabinet, le fossé semble se creuser, obligeant désormais l’autorité de tutelle à clarifier les règles du jeu. Le devenir de ces 186 nominations sera un indicateur clé de la capacité du pouvoir à imposer une discipline de gestion à tous les échelons de l’administration.


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