L’heure est au grand déballage sous la coupole du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Le 9 mars, Guy-Bertrand Mapangou, président de l’institution, a brisé l’omerta en dénonçant un vaste trafic transnational autour de l’Iboga, le « bois sacré » du Gabon. Dans une charge frontale, il a nommément pointé du doigt l’ancien ministre des Eaux et Forêts, le Pr Lee White, l’accusant d’avoir orchestré ou facilité l’exfiltration de ce patrimoine génétique et spirituel vers des circuits étrangers.
Pour Libreville, ce n’est plus seulement une question de biodiversité, c’est une affaire de souveraineté nationale bafouée au profit de laboratoires et de cercles occultes occidentaux.Le paradoxe est cinglant : alors que l’Iboga est célébré mondialement pour ses vertus thérapeutiques révolutionnaires dans le traitement des addictions, les Gabonais semblent dépossédés de leur propre trésor. Guy-Bertrand Mapangou fustige ce « complexe de la peur » qui aurait empêché le pays de protéger juridiquement une ressource dont d’autres tirent aujourd’hui les dividendes scientifiques et financiers. En plaçant l’Iboga au cœur de sa session ordinaire, le Cesec tente de lever le voile sur un siècle de pillage discret, oscillant entre le mystique et le mercantilisme, où les savoirs ancestraux des peuples autochtones ont trop souvent été sacrifiés sur l’autel de la recherche biomédicale déconnectée de son berceau.
L’enjeu de ce forum citoyen de la pensée est désormais de transformer cette plante emblématique en un véritable levier de l’économie verte. Au-delà des règlements de comptes politiques, le Gabon cherche à instaurer un cadre de régulation strict pour sortir l’Iboga de la zone grise du trafic et de la sorcellerie médiatique. Il s’agit de reprendre la main sur une filière qui, si elle était valorisée avec transparence, pourrait devenir le fleuron d’une industrie médicale « made in Gabon ». La bataille pour l’Iboga ne fait que commencer, et elle se jouera autant dans les tribunaux que dans les laboratoires, pour que le sacré ne soit plus synonyme de bradage.


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