À Abidjan, le strass et les tapis rouges des premières masquent une réalité comptable bien plus austère. Franck Vlehi, figure de proue de la production ivoirienne, vient de jeter un pavé dans la mare concernant l’éternel débat du traitement financier des acteurs. Pour le réalisateur de L’Indomptable, la polémique sur la revalorisation des cachets après un succès d’audience est un « faux débat ». En rappelant la rigidité des contrats de télévision, où les revenus de la production n’augmentent pas d’un franc malgré un « carton » à l’écran, Vlehi souligne le fossé structurel entre le modèle économique du grand écran et celui des séries locales.
L’argumentaire du producteur met en lumière l’étroitesse des marges de manÅ“uvre dans un secteur encore largement sous-financé. En opposant les « budgets très, très, très serrés » à l’image parfois fantasmée de la réussite, il invite à une analyse plus rationnelle des coûts de production. Pour lui, la critique sur la précarité des acteurs doit être pondérée par la réalité des charges fixes. « Si un producteur a un million et qu’il donne 10 000 FCFA à chacun, il ne paie pas mal », martèle-t-il, rappelant que l’écosystème survit grâce à l’obstination de quelques-uns à tourner malgré l’indigence des budgets.Au-delà de la défense corporatiste, Franck Vlehi lance un appel à la mutation : l’autoproduction. En encourageant les comédiens à passer derrière la caméra ou dans les bureaux de la direction de production, il souhaite une prise de conscience collective des flux financiers.
Pour l’industrie ivoirienne, l’enjeu est vital : sortir de la culture de la plainte pour bâtir un modèle économique plus résilient. À défaut, prévient-il, le risque est de voir les plateaux s’éteindre, laissant acteurs et techniciens « les bras croisés », victimes d’une équation économique que personne n’aurait osé résoudre.


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